Affichage des articles dont le libellé est Féminisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Féminisme. Afficher tous les articles

dimanche 10 novembre 2013

jeudi 9 mai 2013

La place des femmes


Savita et son mari - qui poursuit l'hôpital de Galway

L'Irlande connaît actuellement son énième débat sur le droit à l'avortement. La semaine dernière, le gouvernement irlandais a publié un projet de loi mettant en application une décision de la Cour Suprême prise en 1992. Cette décision visait à autoriser les femmes suicidaires en raison de leur grossesse à se rendre à l'étranger pour avorter. Cette décision faisait suite au "X Case" relatif au cas d'une jeune fille de 14 ans, enceinte à la suite d'un viol, interdite de voyage pour cause d'avortement et menaçant de se suicider.


Vingt ans plus tard, la décision permettant aux femmes irlandaises de se rendre dans un pays autorisant l'avortement n'a toujours pas été traduite dans la loi.

La polémique a été réactivée après la mort de Savita, à l'hôpital de Galway. Cette jeune dentiste indienne de 31 ans, enceinte de 17 semaines, est décédée d'une septicémie généralisée en octobre 2012. Le coeur de son foetus, déclaré non viable par les médecins, "battait encore" bien que la fausse-couche avait commencé. Pour cette raison, les médecins irlandais lui ont refusé l'avortement qu'elle réclamait, en arguant du fait que l'Irlande est "un pays catholique".

En 2010 déjà, la Cour européenne des Droits de l'Homme avait condamné l'Irlande pour avoir obligé une femme, en pleine rémission de son cancer, à partir à l'étranger pour y avorter en raison du risque que sa grossesse faisait peser sur sa santé. Elle craignait en effet une rechute.

La loi irlandaise prévoit actuellement une peine à perpétuité pour tout avortement. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : plus de 4.000 Irlandaises se rendent en Grande-Bretagne chaque année pour avorter. Sans oublier celles qui ne donnent pas leur adresse irlandaise ou qui se procurent illégalement la pilule abortive du lendemain sur Internet.

Le projet de loi du gouvernement irlandais ne présente qu'un petit progrès en matière de droit à l'avortement. Il n'autorise pas le recours à l'avortement en cas de viol, d'inceste ou d'anormalités sur le foetus. L'avortement n'est prévu qu'en cas de risque pour la vie de la mère - non en cas de risque pour sa santé. Pour ce faire, deux médecins devront être consultés pour décider ou non d'un avortement. En cas d'urgence vitale, un seul médecin pourra prendre la décision.

Pourtant, le projet de loi revient sur le risque de suicide de la femme enceinte. Dans ce cas, et uniquement dans ce cas, la femme enceinte pourra opter pour un avortement - à condition de passer auparavant devant une commission de trois médecins (un gynécologue et deux psychiatres). Certains avaient même envisagé une commission comprenant six médecins. En cas de refus, la femme aura la possibilité d'un recours en appel devant trois autres médecins. Il s'agit d'empêcher la porte ouverte aux avortements "à la demande", grande frayeur des Irlandais, y compris d'une partie des pro-choice (pour le droit à l'avortement).

Dans un article du Sunday Business Post du week-end, la journaliste Catherine O'Mahony commente avec des mots très durs, mais lucides, la situation faite aux femmes dans son pays.

Elle tente d'imaginer la position d'une femme enceinte devant cette commission : "Vous ne voulez vraiment pas voyager à l'étranger pour résoudre ce problème ? Ok, donc voici le topo : le risque est-il pour votre vie ou pour votre santé ? Etes-vous réellement suicidaire ou êtes-vous juste un peu dépressive ? Etes-vous dépressive parce que enceinte ou êtes-vous comme cela habituellement ? Pouvez-vous prouver ce que vous dites devant un médecin - ou une équipe de médecins ? Allez, parlez, femme ! Nous avons besoin d'une clarification légale !"

Elle continue en affirmant que personne ne devrait prendre une telle décision à la place de la femme concernée. Et se demande si le projet de loi présenté par le gouvernement aurait pu éviter la mort de Savita. Rien n'est moins sûr. Un des plus grands gynécologues d'Irlande, Dr Peter Boylan, affirme pourtant qu'avec ce projet de loi, les médecins se sentiront plus sûrs de leur décision au regard de la loi. Et que cela aurait pu sauver Savita.

La conclusion de la journaliste reste amère : "Il y a peu de gentillesse et de compréhension [de l'autre] dans tout ceci - et le courant de misogynie qui parcourt tout cela est difficile à rater". Sa remarque rejoint un article paru la semaine dernière dans le Irish Times qui titrait : "Nous aimes-tu, Irlande ? Aimes-tu les femmes ?"



mardi 22 mai 2012

Femmes en Irlande

Pour continuer dans la lignée "Féminisme en Irlande", une série de photos prises au hasard de publicités irlandaises ou de concours pour starlettes.

Même si certaines de ces publicités ont (quand même) fait l'objet de plaintes, elles montrent l'image de la femme dans la société irlandaise - que l'on peut mettre dans deux catégories bien distinctes : "Avant le mariage" et "Après le mariage".

La force des exemples présentées aux femmes d'Irlande est telle que la très grande majorité d'entre elles se croient obligées de les suivre. Ainsi, lors d'événements particuliers (mariage, baptêmes, communions, sorties restaurant ou pub, soirées charité), les Irlandaises s'habillent volontiers comme l'actrice présentée dans la série de photos (sans en avoir les courbes parfaites, bien souvent).

Précision : Les photos ci-dessous se rangent, bien évidemment, dans la catégorie "Avant le mariage".












Actrice Minka Kelly



lundi 21 mai 2012

Féminisme "à l'Irlandaise"



Dans un pays où l'avenir des femmes se joue généralement entre la cuisine familiale et l'école des enfants, la première conférence du Irish Feminist Network fait figure de révolution.

Tenue ce week-end à Dublin, la conférence a laissé la parole à plusieurs figures du mouvement féministe irlandais - bien différent des féministes "à la Française".

En Irlande, tout est à inventer - et le chemin est long et ardu. Le rôle et le poids de l'Eglise catholique dans le système scolaire et l'organisation du pays n'y est pas pour rien. La société irlandaise s'inspire également d'un certain modèle anglo-saxon où les hommes et les femmes ont coutume de vivre de façon séparée leurs activités "sociales" : clubs de golf, de lecture, sorties au pub ou au restaurant, etc.

Plusieurs points peuvent être retirés de la conférence du Irish Feminist Network.

1 - Les féministes irlandaises refusent de se laisser dicter leur manière de s'habiller et/ou de se maquiller. A l'instar de Hillary Clinton qui, courageusement la semaine dernière, a osé défier les codes en vigueur en se présentant face aux caméras sans fond de teint. Ce qui lui a valu une déferlante d'articles pas toujours aimables dans les médias américains. Il faut préciser ici que les femmes anglo-saxonnes ont une prédilection marquée pour la brosse et le pinceau - voire la truelle.

2 - Les féministes irlandaises revendiquent le choix de leur vie. Comme elles le soulignent, les Nations Unies ont défini avec précision l'une des bases essentielles des droits humains : "choix volontaire du mariage, de la taille de la famille et droit à l'accès aux informations nécessaires à ce choix". La taille d'une famille irlandaise moyenne se situe généralement entre trois et quatre enfants sur cinq ans.
Rappelons que, comme le souligne une intervenante de la conférence, "les femmes irlandaises n'ont pas accès à un avortement médicalement assisté et légal dans leur propre pays - même si cela peut aider à sauver leur vie." Selon la Constitution irlandaise, elles n'ont que le droit à voyager pour subir un avortement à l'étranger.


3 - Les féministes irlandaises réclament une meilleure visibilité des sports féminins dans les médias. Il faut dire que seuls les matches de football ou de rugby ont droit de cité en Irlande. A tel point que les jeunes filles se tournent d'elles-mêmes vers les sports "masculins" où elles tentent de copier les garçons en tout points.

4 - Les féministes irlandaises veulent la généralisation des crèches et des écoles maternelles - qui sont toutes privées pour le moment. C'est là un point essentiel pour l'émancipation des femmes qui n'ont d'autres choix que de rester à la maison pour s'occuper des enfants si le couple ne veut pas dépenser presque la totalité du deuxième salaire en frais de garde. Sans parler du mode quasi-discriminatoire d'un système d'imposition qui pénalise les couples au travail.


5 - Les féministes irlandaises affirment... que le sexe est meilleur entre égaux. Et concluent : "Voici une bonne raison d'être féministes !"

mercredi 1 septembre 2010

La vie en maison close en Irlande : les prostituées parlent

“Etre transformées en toilettes publiques”, telles sont les paroles rapportées par la responsable de l’organisation Ruhama pour la protection des femmes prostituées. Coups de poings au visage, coups de pied dans les escaliers, mordues, affamées, battues, tel est le lot des prostituées en Irlande.

La rapport annuel de l’organisation Ruhama, qui s’occupe de la protection des femmes prostituées en Irlande, est clair : la crise économique n’a fait que renforcer la violence que rencontrent les femmes obligées de se prostituer.

La responsable de l’organisation Ruhama est formelle : l’année dernière en Irlande, des femmes ont été battues pour avoir refuse d’avoir des relations sexuelles avec des clients ; elles ont été affamées et enfermées pour les obliger à obéir à la loi des clients et des “protecteurs”.

Les clients sont de plus en plus jeunes et de plus en plus violents”, affirme le rapport. L’effet de la crise économique est renforcé par la large distribution de vidés pornos de plus en plus violentes à travers tout le pays.

Le mythe de la prostituée libre qui choisit d’exercer son metier comme elle l’entend est bien loin – si l’on en croit les témoignages recueillis par l’organisation Ruhama.

L’une des protégées de Ruhama décrit ainsi sa vie en maison close : “Les souteneurs font venir les filles dans les regions rurales du pays ou elles doivent rester enfermées, seules, entre 6 et 13 jours dans des appartements aux rideaux tirés en permanence. Elles n’ont aucun contact avec le monde extérieur et les seules personnes à qui elles peuvent parler sont leurs clients”.
Les femmes doivent être disponibles entre 12 et 16 heures par jour, poursuit la protégées de Ruhama, et doivent tout accepter de leurs clients – mêmes ceux qui arrivent en groupes de deux ou trois”.

La légende du gentil client qui a juste besoin de parler fait partie du monde des Bisounours. Le rapport de Ruhama confirme : “Les clients ne se préoccupent pas de blesser physiquement les femmes. Ils sont juste à la recherche de leur plaisir. Les agressions verbales sont la norme.”

La prostitution en Irlande est tellement normalisée qu’il est normal pour les clients de venir attendre leur tour en discutant de leurs affaires entre eux, raconte une prostituée de Ruhama.

L’organisation Ruhama dénonce également les nombreux sites “Escort” d’Irlande promouvant telle ou telle maison close. Ces sites accroissent encore la pression subie par les prostituées.

Les clients y laissent leurs impressions après chaque passage avec la prostituée. La lecture des posts laissés par les clients – jusqu’à 10 en un mois pour certains – montre leur degré d’immaturité et leur problème relationnel avec les femmes.

Le plus inquiétant est que ces posts sont lus par les souteneurs qui obligent leurs “protégées” à y répondre. Si les “impressions” des clients sont negatives, elles doivent s’engager à faire mieux “la prochaine fois”.

Et les posts sont pour la plupart très négatifs. Les clients sont souvent “déçus” par les prestations fournies qui ne correspondent pas à ce qui était promis.

Les critiques portent également sur le faible niveau d’anglais des prostituées. Car contrairement à ce que promettent les sites vantant telle ou telle maisons closes, les prostituées ne sont que très rarement irlandaises.

mardi 31 août 2010

Discrimination en Irlande : le long combat des femmes



Portmarnock : sa ville, ses fleurs, son golf... pour hommes seulement.

Le jugement est tombé après sept ans de procédure : le golf de Portmarnock, une "institution nationale", selon l'un des juges, restera exclusivement un golf pour hommes seulement.

Les juges en ont décidé ainsi après moult audiences, appels, recours à la Consitution irlandaise et autres Acts du droit irlandais. Rien n'a été laissé au hasard.

Pourtant, les femmes irlandaises ont essayé de se battre. Et elles ont perdu : elles ne pourront pas être membres à part entière de ce club de golf où politiciens, hommes d'affaires et avocats de renom ont coutume de se rencontrer pour parler business.

Une dizaine d'années de cela, l'Irlande comptait près de 400 clubs de golf pratiquant la même politique d'exclusion à l'encontre des femmes.

Celles-ci pouvaient néanmoins payer un droit d'entrée pour jouer au golf - mais seulement pendant certaines heures. Les portes des golfs d'Irlande leur étaient ouvertes essentiellement pendant la semaine - lorsque la demande était faible.

Petit à petit, la plupart de ces clubs ont changé leurs statuts sous les coups de boutoirs des femmes - et de quelques hommes aussi.

Sauf un : Portmarnock, le plus important d'entre eux.

Malgré les plaintes déposées en nombre pour "discrimination" selon l'Equal Status Act, les juges ont décidé que le club de golf pouvait rester "Men Only".

L'un des arguments-clés de cette décision repose sur le fait que le club a été fondé par des hommes, pour jouer au golf entre hommes - tout comme, à travers le pays, existent des bookclubs exclusivement féminins.

Evidemment, les juges ont décortiqué le droit irlandais pour justifier et bétonner leur décision.

La société irlandaise reste encore relativement figée sur son ancien modèle social où hommes et femmes sont distinctement séparés : écoles, clubs, travail, rencontres diverses. Certaines écoles ne sont devenues mixtes que très récemment, si l'on compare avec le modèle français.

Les femmes d'Irlande vont continuer à se battre pour plus d'égalité encore, mais la crise économique ne va certainement pas les aider dans ce combat.

mercredi 9 juin 2010

Féminisme : toujours une nécessité en Irlande

Le Feminist Open Forum a ouvert ses portes, en septembre 2008, pour la première fois en Irlande. Plus de 80 chercheurs, politiques ou responsables d'associations étaient présents. Ou plutôt "présentes" : la majorité des personnes réunies étaient des femmes.

"Le féminisme est toujours une nécessité en Irlande". La réunion inaugurale du Forum s'est terminée sur ce cri.

La première raison de ce combat en République d'Irlande est l'interdiction du droit à l'avortement inscrit dans la Constitution irlandaise. La loi de 1992, qui amende la Constitution en donnant le droit aux femmes de "voyager pour aller avorter à l'étranger", permet chaque année à 4. 686 femmes enceintes de se rendre au Royaume-Uni pour avorter. Les Pays-Bas attirent 485 Irlandaises enceintes par an, dans le même but.

On estime que de nombreuses autres femmes enceintes de la République d'Irlande voyagent à travers l'Europe pour se faire avorter. Elles profitent des voyages à bas coût qui se sont développés ces dernières années sur l'Europe entière. Leur nombre n'est pas connu. Soit elles ne donnent pas leur véritable adresse en Irlande. Soit les pays concernés ne demandent pas de détails aux femmes, profitant ainsi de qu'on appelle ici désormais le "tourisme de l'avortement".

"Les enfants sont la principale raison pour l'absence des femmes dans la société irlandaise". La femme qui prononce cette phrase, lors du Forum, est la sénatrice indépendante Ivana Bacik.

Selon elle, le manque de modes de garde et la quasi-inexistence dans la loi irlandaise des droits des pères enferment les femmes chez elles, loin du monde du travail. Ici, l'école est obligatoire à 5 ans. Avant cet âge, les parents n'ont d'autre choix que de payer quelque 1.000 euros par mois pour une crèche privée. Ou de décider que la mère restera à la maison.

En Irlande, les femmes ne sont toujours qu'à peine 60 p.cent à travailler. Jusqu'en 2005, elles n'étaient qu'à peine 40 p.cent. Avec la crise économique, ce taux va sans aucun doute reculer ramenant les Irlandaises au rôle qui leur a été réservé par la Constitution ultra-conservatrice de 1937, toujours en vigueur : Le rôle premier des femmes mariées est d'enfanter et de garder le foyer.

La Constitution irlandaise ne donne aux femmes sans enfant qu'un statut d'adolescentes. Il faut rappeler que jusqu'en 1972 - date de l'entrée de l'Irlande dans l'Union européenne - les femmes fonctionnaires de l'Etat avaient l'obligation de démissionner quand elles se mariaient.

Les femmes irlandaises ont toujours, en 2008 comme en 2010, un problème d'image et d'estime de soi. Elles connaissent l'un des taux les plus élevés d'Europe en matière d'auto-mutilation.

lundi 31 mai 2010

Trois Irlandaises devant la Cour européenne pour le droit à l'avortement

En septembre 2009, trois femmes - dont les noms sont gardés secrets - ont osé défier l'Etat et la société irlandaise sur la question du droit à l'avortement. Un grand pas pour toutes les Irlandaises.

Les avocates des trois femmes comparaissaient en audience spéciale devant les 17 juges européens pour tenter de les convaincre du fait que toutes les trois avaient usé de tous les moyens légaux à leur disposition, avant d'en appeler à la Cour européenne.

Le jugement rendu par la Cour - présidée par le juge français Jean-Paul Costa - aura, à n'en pas douter, un sérieux impact sur la législation irlandaise en matière de droit à l'avortement.

Les trois Irlandaises - qui ne comparaissaient pas physiquement devant la Cour - ont affirmé que leurs droits humains ont été violés par l'Etat irlandais, qui les a obligées à voyager jusqu'en Grande-Bretagne afin de mettre fin à une grossesse qui mettait leur santé physique et mentale en danger.

La loi irlandaise prévoit pourtant le recours exceptionnel à l'avortement thérapeutique dans ces deux cas - après de longues et difficiles luttes des mouvements pro-choice et grâce à l'influence des lois européennes.

Les trois Irlandaises ont affirmé qu'elles ont subi une violation de leurs droits car leurs cas n'entraient pas dans les conditions prévues par la loi. L'une risquait de développer une grossesse extra-utérine, l'autre suivait une chimiothérapie et la dernière craignait ne jamais revoir ces enfants placés en foyer d'accueil si un autre bébé arrivait.

La décision de la Cour européenne est attendue en Irlande avec un mélange d'impatience et de curiosité. Jugement rendu fin 2010.

mardi 4 mai 2010

Violence domestique et récession

La crise économique et financière que traverse actuellement l'Irlande a un impact certain sur la vie des femmes de ce pays. Selon deux études publiées en octobre 2009 par Safe Ireland, un organisme qui lutte contre la violence domestique à travers tout le pays, les violences domestiques faites aux femmes ont augmenté de 21 p.cent en 2008, comparé à 2007.

Malgré les coupes budgétaires drastiques imposées par le gouvernement irlandais pour contrer la récession dans le pays, 1.947 femmes et 3.269 enfants ont été accueillis dans les refuges des services d'aide contre la violence domestique, en 2008.

Chaque année, 5.000 femmes frappent aux portes des refuges de Safe Ireland - l'Irlande compte un peu plus de 4 millions d'habitants. Une responsable de Safe Ireland précise : "Cela représente 11 femmes et 9 enfants qui cherchent refuge chez nous, toutes les heures".

Pour Safe Ireland, ces chiffres ne représentent que la partie visible d'un iceberg qui ne peut que grossir dans les années qui viennent. La crise économique va accentuer la dépendance financière des Irlandaises - qui ont déjà eu beaucoup de mal à pouvoir investir le monde du travail durant les années glorieuses du Tigre celtique.

En 2008, en raison des restrictions budgétaires, 1.722 femmes n'ont pu trouver de places dans ces refuges et se sont retrouvées à la rue. Cette année, on parle de coupes allant jusqu'à 30 p.cent dans le budget de certains services de lutte contre la violence domestique.

Avec un taux de chômage qui risque bien d'atteindre les 14 p.cent en 2010, la crise bancaire et financière qui n'en finit pas, les coupes budgétaires tous azimuts et l'émigration qui repart comme par le passé, les Irlandaises se retrouvent en première ligne pour affronter les conséquences d'une gestion de crise sans précédent par un gouvernement dépassé.

mardi 27 avril 2010

L'Irlande et les femmes


Joanne Hayes, à droite


Un groupe d'hommes, certains portant des perruques d'un autre âge, d'autres des blouses blanches doctorales, et parfois même un uniforme, se sont tenus pendant six mois, raides dans leurs certitudes, devant une jeune femme de 20 ans - célibataire.

Pendant six mois, ils lui ont demandé comment, où et avec qui elle avait conçu son bébé - mort à la naissance. Le père de l'enfant n'a jamais été interrogé - c'était un homme marié.

Pendant six mois, ces hommes ont décortiqué, en public, non seulement la vie de cette jeune femme mais aussi son corps et sa tête.

L'un a décrit son vagin, l'autre a expliqué qu'elle avait pu avoir conçu des jumeaux, avec deux hommes différents, dans un délai de 24 heures.

Quand la jeune femme s'est évanouie devant ses juges, on lui a juste permis de prendre des sédatifs pour pouvoir répondre à encore plus de questions - des questions plus précises. Elle y a répondu, avec la tête qui tombait règulièrement sur le micro du tribunal.

C'était en Irlande. L'Irlande de 1985. Le pape Jean Paul II avait fait sa première visite officielle dans le très catholique pays en 1979. Le pays tout entier s'en réjouissait encore. La femme s'appelait Joanne Hayes.

On venait de trouver le corps de deux nouveaux-nés dans le Kerry. Comme cela arrivait, de temps en temps, dans l'Irlande d'alors : Grossesses cachées, mères célibataires, accouchements solitaires.

On a soupçonné Joanne Hayes d'être la mère des deux bébés - même si les tests sanguins prouvaient qu'elle ne pouvait être la mère que d'un seul.

Joanne Hayes est devenue un symbole pour les femmes irlandaises. Le pays était sous le choc. Il venait juste de sortir de décennies sombres, marquées par la poigne de fer de l'Eglise catholique.

Joanne Hayes a servi de détonateur. Et le pays a commencé à se réveiller.

Avec l'accession de l'Irlande à la communauté européenne en 1973, les femmes mariées irlandaises ont enfin pu envisager de travailler - ce qui leur était interdit jusque-là. En 1975, c'est chose faite - même si elles ne sont que 10 p.cent à le faire.

Fin des années 1980, la contraception (on parle de préservatifs, pas encore de pilule) était autorisée pour toutes - et non plus seulement pour les femmes mariées, sous certaines conditions.

Après l'affaire Joanne Hayes (1985) les enfants dits illégitimes n'étaient plus catalogués légalement comme "bâtards" et, dans la foulée, l'homosexualité n'était plus un crime.

Enfin, en 1992, l'avortement est envisagé en cas de risque pour la vie de la mère - mais seulement autorisé par la loi à être pratiqué à l'étranger.

En 1996, le divorce est légalement admis - mais sous strictes conditions.

L'ordalie de Joanne aura servi à sortir un pays de sa torpeur - doucement. L'Irlande a enfin commencé à ouvrir les yeux.