mercredi 23 mars 2011

Barack Obama au comté Offaly



Pour ceux qui en doutaient encore (j'ai reçu des plaintes), voici ce que le président des Etats-Unis, Barack Obama, verra lors de son voyage officiel en Irlande : le village de ses ancêtres irlandais.

Moneygall (comté Offaly) se prépare déjà pour le grand jour - en mai prochain.

Good luck... Barack !

vendredi 18 mars 2011

Dublin 2011 : parade de Saint-Patrick exceptionnelle

"Une parade exceptionnelle". Ce sont les termes employés par les commentateurs hier soir, surpris par le nombre d'Irlandais présents dans les rues de Dublin - pour la Saint-Patrick.

Effet de crise ?

Ils étaient 500.000 Irlandais, hier, dans les rues de Dublin. Un chiffre énorme quand on sait que la population totale de l'Irlande dépasse à peine 4 millions.

Ci-dessous une vidéo de RTE - Radio Television Eire

Six One News: St Patrick's Day parade: Dublin - Video - RTÉ News Player

Le bol de shamrock et le cousin


Le nouveau Premier ministre irlandais, Enda Kenny, est donc allé porter son bol de shamrock au cousin américain - Barack Obama.

Pour ceux qui doutaient du bien-fondé d'un tel voyage à Washington en ces temps d'austérité, Enda Kenny a rapporté un petit cadeau-surprise de son séjour américain : l'annonce d'une visite officielle du président des Etats-Unis en Irlande. En mai prochain.

Les Irlandais sont aux anges. Pensez : Barack Obama au printemps et la reine d'Angleterre en été.

Certains se posaient certes des questions sur le coût de la visite royale en terre irlandaise (surtout en matière de sécurité)... mais Barack, c'est autre chose.

C'est un cousin, après tout. N'a-t-il pas déclaré à propos de son futur voyage en Irlande : " Je pense que je ne me rendrai pas seulement sur les lieux les plus célèbres, mais aussi au village de Moneygall, là d'où vient mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père" ?

En tout cas, cette visite fait l'effet d'un énorme coup de pouce à la nation irlandaise tout entière.

Nation qui semble se réveiller en sursaut devant les difficultés à surmonter. Car, chose rarissime même pour la Saint-Patrick, ils étaient bel et bien 500.000 Irlandais dans les rues de Dublin, hier, à s'unir sur le chemin de la Grande Parade de Dublin.

lundi 14 mars 2011

Un bol de shamrock


Jeudi, c'est jour de Saint-Patrick. Le jour des Irlandais. Le 17 mars : un jour vert et orange - et un peu blanc aussi.

Et pendant que leur nouveau Premier ministre, Enda Kenny, ferraille dur à Bruxelles contre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (après tout, il a été élu pour ça), les Irlandais, eux, se préparent pour le grand jour.

On scrute fébrilement le ciel pour savoir si le soleil sera de la partie (ou plutôt, si la pluie saura se faire oublier), on fouille les fonds de tiroirs à la recherche de la panoplie adéquate pour la parade de la ville, on sonne le tocsin, on réquisitionne toutes les écoles et les enfants qui vont avec et... on oublie le reste. Tout le reste.

La France et l'Allemagne veulent que l'Irlande renonce à son taux d'imposition de 12,5 p.cent sur les sociétés ? Lepechrauns. L'Union européenne veut une harmonisation fiscale ? Shamrock. On renâcle à alléger les conditions du plan de sauvetage financier accordé à l'Irlande ? Saint-Patrick.

Lepechraun en parade


Et cette année, on se pose de grandes questions. Car, en ces temps de crise, faut-il faire le voyage jusqu'aux Etats-Unis en serrant sur sa poitrine son bol de shamrock ?

C'est une vieille tradition. A la Saint-Patrick, l'Irlandais donne son bol de shamrock au cousin d'Amérique. Et tous les ans, le Premier ministre irlandais apporte son petit trèfle au président des Etats-Unis.

Bush et Ahern - l'ancien Premier ministre irlandais, du temps de la splendeur du Tigre celtique


Barack Obama et Brian Cowen - l'ancien Premier ministre irlandais, du temps de la récession

Et cette année ? Quelle sera la tendance ? Le nouveau Premier ministre irlandais sera-t-il rentré à temps de Bruxelles ?

Et sera-t-il encore assez vaillant pour pouvoir soulever son bol de shamrock cuvée 2011 ?

lundi 7 mars 2011

La Reine en Irlande

Les Irlandais font leur révolution en votant contre le parti-roi Fianna Fail, majoritaire dans le pays depuis les années 1930 ?

Le nouveau vainqueur Fine Gael mène des pourparlers difficiles en vue d'une coalition avec le Labour Party pour diriger la république d'Irlande ?

Qu'a cela ne tienne. Les Anglais, eux, annoncent tranquillement que leur reine viendra rendre visite à ses anciens sujets - cet été.



On peut dire que les Anglais ont le sens du timing. Bon, d'accord, Buckingham Palace répond ainsi à l'invitation de la présidente de la république d'Irlande, Mary McAleese - qui tient absolument à cette visite "pour rapprocher les deux pays".

C'est la première fois qu'un monarque britannique mettra le pied sur le sol irlandais depuis l'indépendance de l'Irlande en 1922.

Il se dit même que la reine pourrait prononcer son discours officiel au château de Dublin - ancien symbole du pouvoir britannique en Irlande et actuel siège du gouvernement irlandais.

Du coup, on en oublie (presque) la crise économique et financière qui secoue le pays. Mais, n'est-ce pas, il faut bien faire plaisir aux voisins qui viennent de vous accorder un prêt sonnant et trébuchant - pour vous aider à sortir de l'ornière dans laquelle vous vous êtes si joyeusement fourrés.

Quelques citoyens râlent bien un peu au sujet du coût d'un tel voyage (surtout en terme de sécurité, d'ailleurs) et le Sinn Fein fait bien remarquer qu'une telle visite est "prématurée", mais la pilule semble plutôt bien passer.

 Il faut dire que la Saint-Patrick approche - et on commence à se demander s'il ne vaudrait pas mieux pour les finances du pays que (une fois n'est pas coutume) Barack Obama vienne en Irlande pour la traditionnelle remise de bol de shamrock.

Alors, la Reine...

vendredi 25 février 2011

Ghost estates ou les fantômes d'Irlande


Voici à quoi ressemblent certains coins d'Irlande. Des déserts ruraux, aux marges de villes moyennes, parsemés de quelques pavillons dernier chic, qui ne souffrent que d'un seul défaut : personne n'y habite.

Avec la mort du Tigre celtique, des centaines de "nouveaux quartiers" se retrouvent à l'abandon - et leurs rares habitants avec.

Les promoteurs, qui s'étaient frotté les mains devant cette nouvelle mine d'or dans les années 2006-2007, sont vite repartis après l'éclatement de la bulle immobilière irlandaise.

Les prix de l'immobilier ont chuté de plus de 30 p.cent en six ans. Ceux qui avaient acheté une maison ne peuvent la revendre. Les banques irlandaises ont durement resserré les cordons de la bourse. Et plus personne ne peut acheter de maison.

D'ailleurs, plus personne ne veut investir dans le bâtiment. Et les chantiers, commencés pendant la période faste, en restent là où on les a laissés : à moitié finis - ou pas finis du tout.



Pendant l'hiver 2009, une jeune femme est morte de froid dans un de ces "quartiers fantômes". L'organisme qui gère son bloc d'appartements avait décrété que le chauffage coûtait trop cher pour les deux locataires qui y habitaient. Et avait coupé le gaz. Cette nuit-là, la température a chuté sous zéro - et Claire est morte, seule.

Beaucoup d'Irlandais ont cru pouvoir acheter leur maison dans ces endroits aux prix abordables. Ils ont en masse contracté un prêt immobilier - souvent sans apport personnel.

Avec la crise économique et financière que connaît l'Irlande, la plupart d'entre eux ont perdu leur emploi. Et doivent maintenant rembourser la banque pour une maison qu'ils n'habiteront jamais.



Et les rares qui pourront s'y installer n'auront de toute façon aucun magasin, aucune école, aucun médecin à des kilomètres à la ronde.

Et, en aucun cas, ils ne pourront revendre leur bien pour aller voir ailleurs - si les cieux sont plus cléments avec les miséreux.

lundi 14 février 2011

Une (autre) bonne nouvelle... pour les banques.

"Lenihan [le ministre irlandais des finances] reporte l'injection de 10 milliards d'euros dans les banques après les élections", proclame le Irish Times daté du 10 février.

Le plan de sauvetage des banques irlandaises qui, pour le moment, est doté de 50 milliards d'euros, devrait ainsi être renfloué après le 25 février prochain, date des prochaines élections générales.

Deux semaines avant le scrutin qui devrait anéantir le parti majoritaire de la coalition actuellement au pouvoir, le Fianna Fáil (jugé largement responsable de la catastrophe économique irlandaise), Mr. Lenihan fait ainsi un cadeau empoisonné à l'opposition et son futur gouvernement.

Le ministre a affirmé que la décision d'attendre la fin des élections générales avait été prise en accord avec l'Union europénne, le FMI et la BCE.

Il a déclaré : "J'applique la pratique constitutionnelle. Les choses seraient différentes si le gouvernement n'avait pas perdu sa majorité".

Les 10 milliards d'euros "devraient être prélevés sur le Fonds national des retraites", rappelle le Irish Times.

Haut les coeurs.

Source : Irish Times et Presseurop

vendredi 4 février 2011

Où es-tu Brian Boru ?

Une lectrice du Brésil, amoureuse passionnée de l'Irlande, a tenu à adresser, aujourd'hui, une lettre aux lecteurs du journal The Irish Times.

Son message est simple :   Mais où est donc passé Brian Boru ?

"The spirit of Brian Boru.



Madam, – I lived and worked in Ireland until recently. Imagine my feelings when I heard that the country I loved so much is now in such dire straits. A country once full of joy and energy has become a country full of expensive unused toys, evil spirits and negatives.

Bickering and self-serving politicians serve your country’s reputation very ill indeed. Where are the spirits of Brian Boru, the Great O’Neill and Daniel O’Connell? Of the Táin, the Celts, Lady Gregory, Wolf Tone, or the spiritual writings of Samuel Beckett, and WB Yeats? – Yours, etc,"



jeudi 3 février 2011

L'espion venait du (grand) froid


Un diplomate russe vient d'être invité, très officiellement, à quitter l'Irlande sur le champ. Les autorités irlandaises ont tenu à réagir promptement après la découverte d'un trafic de passeports irlandais, utilisés par des espions basés aux Etats-Unis.

Le ministère irlandais des affaires étrangères a affirmé que "les activités des services secrets russes liées au trafic de passeports irlandais et à l'usurpation effective de l'identité de six citoyens irlandais [dont un couple du Donegal] sont absolument inacceptables".

Le secrétaire général du ministère a, de ce pas, informé l'ambassadeur de Russie en Irlande que les accréditations officielles du diplomate fautif prenaient fin à compter de ce jour et que le-dit diplomate devait avoir quitté le territoire irlandais dans les temps indiqués.

Le gouvernement irlandais a conclu en "espérant que le pénible incident sera rapidement oublié et que les relations entre l'Irlande et la Fédération russe se poursuivront à l'avenir".

La Russie a aussitôt répliqué en clamant haut et fort que des mesures de représailles seront prises à l'encontre de l'Irlande.



Les espions de tous pays apprécient grandement les passeports irlandais - en raison du statut de neutralité de l'Irlande.

En juin dernier, le gouvernement irlandais avait déjà dû demander à Israel de rappeler un membre de son ambassade à Dublin, après le meurtre d'un officier du Hamas à Dubai par des agents à passeports irlandais.

mercredi 26 janvier 2011

Le rêve irlandais... c'est fini.

Steve Bell, dessinateur britannique, chroniqueur au Guardian.

"BCE FMI
Nous promettons de préserver les banques et les créditeurs de l'Etat au prix de vos boulots pour le temps que cela prendra" ©Steve Bell 2010


Huit ministre qui quittent le gouvernement en dix jours. Le parti des Verts qui claque avec fracas les portes de la coalition gouvernementale, jurant qu'on ne les y reprendra plus.

Un Premier ministre, Brian Cowen, qui démissionne de son poste de chef de file du parti Fianna Fail, le parti au pouvoir depuis plus de vingt ans.

Des élections générales anticipées, annoncées d'abord pour le 11 mars puis avancées au 25 février - vu l'état de catastrophe généralisée du pays.

Un budget d'austérité puissance 1000 à faire adopter par le parlement en urgence. Y compris par les partis d'opposition qui risquent bien de se retrouver au pouvoir après ces sus-dites élections générales.

Et de se retrouver donc, avec des mesures de rigueur à appliquer à un pays peu enclin à payer plus d'impôts pour gagner toujours moins d'argent.

Et avec tout ça, un sentiment d'amertume et de honte à l'idée d'avoir perdu une souveraineté nationale durement acquise après l'indépendance du pays, en 1922. La jeune république d'Irlande (proclamée en 1949) ne se remet toujours pas du coup du FMI et de la BCE.

Quant à la crise économique qui n'en finit pas de ronger le pays... on n'en parle même pas.

vendredi 21 janvier 2011

La corne de brume... c'est fini.


Entrée du port de Cork (pour le frisson)


Le 10 janvier 2011, un grand pas a été franchi en Irlande : on a supprimé la corne de brume des phares de la côte.

Et tant qu'on y était, on s'est même demandé si on allait continuer à allumer toutes ces tours éparpillées le long du littoral - et qui ne servent plus guère maintenant qu'à attirer les touristes.


Entrée du port de Cork (pour la musique).


Pourtant, il est plutôt rassurant de les entendre et de les aperçevoir à travers les brusques levées de brouillards qui se plaisent à cacher les roches aux bateaux alentours.

Mais le gouvernement et la technologie moderne en ont décidé ainsi : plus de cornes, plus de phares - seulement des radars et autres outils ultra-perfectionnés.


Un petit dernier (pour la route).

mardi 11 janvier 2011

Irlandais et émigration

La crise est là.  L'Irlande ne s'en sort plus. Et les Irlandais (re)découvrent les pauvres joies de l'émigration..

Le mot fait toujours frissonner les anciens. Ils se souviennent de ces années d'enfance, sans père. Un père parti au loin gagner un peu d'argent - de quoi nourrir les cinq ou six enfants restés en Irlande, avec leur mère.

Ces vies, passées à attendre l'absent, on  les avait enterrées dans un passé dont on ne voulait plus.  Mais le passé est revenu.

Après Noél, l'aéroport de Dublin s'est empli d'une nouvelle rumeur. Des cris, des pleurs, des chuchotements. Des valises, lourdes des petits objets trop personnels pour les laisser derrière soi. Des mères et des pères aux yeux rougis, des oncles et des tantes aux mains tremblantes et, parfois, des mamies et leur papy qui ne retiennent plus leurs larmes.

Les petits  vont partir. Ils n'ont plus le choix.

Durant les terribles années 1980, au taux de chômage de 18 p.cent, le rythme de l'émigration en l'Irlande était le plus élevé d'Europe - avec 70, 600 personnes quittant le pays chaque année. En avril 2010, le taux d'émigration était quasi-comparable, avec 65.300 candidats à l'émigration pour un taux de chômage de 13, 8 p.cent.

La différence entre ces deux chiffres tient dans l'origine des nouveaux émigrés. En 1989, la totalité d'entre eux étaient irlandais. En 2010  27, 700 sont irlandais, 19, 900 sont d'anciens immigrés d'Europe de l'Est, repartis dans leur pays d'origine, et les autres viennent de pays non-européens.

Les chiffres peuvent donc paraître pire que ne l'est la réalité. Des experts affirment ici que la situation est, pour le moment, loin d'être celle des années 1980.

Pourtant, les jeunes Irlandais s'habituent à l'idée d'une émigration - subie ou choisie. Et c'est là une des caractéristiques de la culture irlandaise - l'héritage d'un lourd passé post-colonial.

Durant le désormais fameux Tigre celtique, de nombreux Irlandais ont continué à choisir de partir. Ils sont tous revenus,  fortune faite, dans un pays en pleine expansion, pour y tenter de nouvelles expériences. Les nouvelles générations ne font donc que reprendre le même chemin - poussées cette fois par une crise économique qui ne lâche pas prise.

Mais l'état d'esprit de ces nouveaux émigrants est différent de celui de leurs grand-parents. Elevés dans une période faste, ils ont bénéficié des meilleures études et ont choisi leur métier avec rigueur. Leurs désirs et leurs envies ne correspondent plus vraiment à la situation qu'ils doivent désormais affronter. Et les pays qui les accueillent doivent apprendre que les Irlandais ont maintenant des exigences.

Au pays, les lycéens savent déjà qu'après leur Leaving Cert (baccalauréat), ils devront partir pour construire une vie.
Les lycéens ont compris plus vite que leurs grands frères, encore plongés dans leurs rêves de tigres perdus.

vendredi 31 décembre 2010

Neige d'Irlande



L'Irlande sous la neige. On ne peut le voir qu'une fois tous les trente ou quarante ans. Même si, l'année dernière déjà, on avait eu un petit aperçu de l'hiver continental sur les côtes irlandaises.





Mais même sous la neige et la glace,  le ciel d'Irlande reste tel qu'en lui même : et on comprend d'où vient la force qui anime les esprits de cette terre.



Les rois de Tara ne sont jamais très loin - et la reine Maeve nous regarde, du haut de son tumulus sacré.



 La neige en Irlande. Même la mer y succombe.

mardi 21 décembre 2010

Solstice d'hiver : Newgrange et son mystère



Newgrange : le nom résonne ici comme un rappel des temps anciens - un appel aux lointains Celtes.

Newgrange : le plus célèbre des sites archéologiques d'Irlande, au nord de Dublin. Mais aussi, le lieu de toutes les croyances, anciennes ou new age.

Construit il y a 5.000 ans, près de 600 ans avant la grande pyramide de Gizeh, le gigantesque tumulus attire toujours autant les foules - comme il le faisait déjà au temps de sa construction.

Tombe d'importance, royale très certainement, le tumulus abrite un mystère qui draine encore les fidèles près de sa porte d'entrée si étroite.

Tous les ans, le jour du solstice d'hiver, à 9 h 17 le matin, le soleil pénètre au coeur de la tombe pour éclairer les ténèbres de la salle centrale.

Presque mille ans avant Stonehenge en Angleterre, les hommes des terres de l'ouest en appelaient ainsi aux ancêtres pour faire revenir sur terre la lumière du jour - et que s'éloignent pour une année encore les terreurs de la nuit.

jeudi 16 décembre 2010

Les Rubberbandits et la crise irlandaise



Leur video sur YouTube a reçu 1,5 million de visites en seulement cinq jours.

Blindboy Boatclub et Mr Chrome of Limerick, avec leur duo hip-hop Rubberbandits, font actuellement exploser le hit-parade irlandais.

Mercredi matin, ils étaient devant le parlement, avec un autre complice habillé, lui, en Willie O'Dea, le ministre irlandais de la Défense. Manière de dire leur mécontentement pour la situation actuelle du pays.

Le groupe, formé en 2000 a, depuis, largement utilisé Internet pour diffuser ses chansons et a rencontré un engouement inattendu à travers toute l'Irlande.

De style plutôt satirique, leur musique veut dénoncer les compromissions politiques et sociétales d’un pays actuellement en pleine crise, non seulement économique et financière mais égalemement sociale et politique.

Leur paroles crues se rapprochent très fortement de la série South Park pour la délicatesse du propos et la finesse des opinions.

En octobre 2010, leur Republic of Telly a fait un tabac sur la chaîne de television nationale RTE Two et, en décembre, leur single Horse Outside a connu des début explosifs grâce à YouTube. Il se murmure déjà que le titre sera numéro 1 dans les charts de Noél.

On y parle de grève d’impôts, de politiciens et d’argent perdu – le tout sur fond de crise sociale et morale.

A ne pas mettre entre toutes les mains.

mercredi 15 décembre 2010

Un étranger en Irlande

Etre un étranger en Irlande peut conduire à une longue réflexion sur "qu'est-ce qu'être un Irlandais". Le choc culturel, linguistique et climatique est garanti. Et l'intégration peut se révéler plus compliquée que prévu.

Ainsi, des étudiants allemands et norvégiens ont, récemment, publié leurs impressions sur le pays qui les accueillait pour quelques mois, à l'université de Dublin (UCD).

Leurs conclusions sont criantes de vérité et méritent qu'on les médite - enfin, surtout les Irlandais.

- La politesse des Irlandais : Bien connue - elle est même leur marque de fabrique. Elle vous saute dessus dès que vous débarquez en Irlande. "Howaya" (ou quelque chose de phonétiquement approchant) est le cri par lequel vous êtes systématiquement accueilli. Ce qui ne veut pas dire que l'on attende une réponse en retour. Et encore moins la même question.

Le "sorry" est très en vogue aussi - y compris de la part de celui dont vous venez d'écraser le pied.

- Les feux pour les piétons : Ils sont juste une recommandation - pas une obligation : On reconnaîtra d'emblée l'étranger dans celui ou celle qui attend plus de dix minutes au feu rouge avant de traverser la voie.

- L'accent irlandais : Redouté, il  peut amener à certaines confusions : ainsi, le "craic" n'est pas une drogue mais une ambiance ; le "Tea-shock" n'est pas une réaction à un thé particulier mais bien le nom du premier ministre (Taoiseach).

- La nourriture-mystère, : Celle dont vous n'avez jamais entendu parler avant de mettre le pied sur la terre irlandaise. Rashers, boxty ou bangers peuvent déconterter mais sont (absolument) à conseiller.

- La neige : C'est une rareté irlandaise : 10 cm (à peine) de neige et tout le pays est gelé - complètement immobilisé.

Les docteurs et la grossesse : la grande inquiétude des docteurs dans le pays, lorsqu'une adolescente vient pour consulter (même pour un gros rhume), est... le risque de grossesse.

- Les bus irlandais : Il faut être bien conscient qu'aucun bus ne vous préviendra du prochain arrêt - et qu'il n'y a pas de cartes ni d'itinéraires à l'intérieur dudit bus.

Il vous faut aller à l'avant du véhicule pour demander au chauffeur (si, si : vous pouvez lui adresser la parole) quel sera le prochain arrêt - et au besoin,  lui demander quel est l'arrêt le plus proche pour votre destination.

S'il s'agit de Dun Laoghaire, attention de bien prononcer. En aucun cas, vous ne devez prononcer Du-ne La-o-guère mais bien : D-eu-n Li-ri.

Ayant bien intégré ces différents points, l'étranger pourra (peut-être) se sentir un peu plus intégré au pays - mais sera encore (et pour un bout de temps) un alien aux yeux de l'autochtone.

jeudi 9 décembre 2010

Irlande, paradis perdu - vu d'Allemagne

Galway - en 1955 (femmes aux pieds nus)

Publié par Presseurop, un article du Spiegel, paru le 7 novembre, sur l'Irlande, passée et récente.
L'Irlande d'avant le Tigre celtique - et l'Irlande d'après la Grande Crise.

Pauvre et pure, l’Irlande a longtemps été le paradis perdu de nombreux Allemands lecteurs de Heinrich Böll. Puis Dublin a cédé aux sirènes du capitalisme financier. Aujourd’hui, assure le Spiegel, Berlin doit aider "l’enfant malade". 


Par Markus Feldenkirchen - Der Spiegel

Heureusement, Heinrich Boll [prix Nobel de la littérature de 1972] n’est plus de ce monde pour assister à ce triste spectacle. Nul doute que s’il avait voyagé dans l’Irlande d’aujourd’hui, l’auteur allemand ne serait pas tombé amoureux de ce pays, de cette plaisante île de 4 millions d’habitants, idylle de pauvreté et inspiration pour un monde meilleur. C’est précisément cette Irlande qui a attiré le turbo-capitalisme. Et ça ne lui a pas réussi. De quoi faire perdre son latin à Heinrich Böll.

"Ici déjà l’ordre social européen prenait d’autres formes", écrivait-il dans les années 1950 lors d’un voyage à Dublin. Il était sous le charme de ses compagnons de route irlandais, il faisait du romantique jusqu'à l’écoeurement. "La pauvreté n’était non seulement plus une ‘honte’, mais en fait ni un honneur ni une honte : elle était – en tant que moment de la conscience sociale – aussi insignifiante que la richesse : les plis du pantalon avaient perdu de leur tranchant".

Ces lignes parurent ensuite dans son célèbre Journal irlandais, où Böll décrit une société honnête, modeste, se contentant de peu et tout aussi heureuse ; un pays qui, malgré la famine, l’émigration et le pouvoir de l’Eglise catholique, était parvenu à préserver son humanité.

Un vieux rêve allemand s'est effondré avec l'Irlande

Au milieu des années 1950, le Journal irlandais apparut aussi comme l’exact opposé de la rude Allemagne d’après-guerre et du miracle économique avec ses nouveaux dieux : Croissance, Consommation et Capital. Heinrich Böll, l’honnête homme de Cologne, et l’Irlande, l’honnête île du Nord, étaient faits pour s’entendre. C’était le bon temps. L’île de Böll était pauvre mais pas en faillite. Aujourd’hui, c’est l’inverse.

Ces dernières semaines, c’est un vieux rêve allemand qui s’est effondré avec les finances irlandaises. Comme rarement un autre pays, la petite île tenait une place à part dans le cœur des Allemands. Dans les années 1960, 1970 et 1980, de nombreux compatriotes avaient suivi les traces de Böll en Irlande et lui vouaient la même nostalgie (du moins tous ceux qui ne lui préféraient pas Goa ou Ibiza).

L’Irlande leur paraissait plus pure et plus honnête que leur patrie, les champs y étaient encore fertiles, les usines rares et les hommes pas encore corrompus par la richesse. On ne pouvait pas rêver mieux, se disaient les Allemands en chantant les louanges du retard.

Les Irlandais, eux maudissaient leur pauvreté

Ils arrivaient parfaitement à oublier que les Irlandais, eux, maudissaient leur pauvreté. Il s’agissait de défendre leur droit de rêver à une autre vie, même s’il fallait pour cela combattre la réalité. Aujourd’hui encore, les chiffres de l’Office du tourisme irlandais montrent que les Allemands sont les plus fidèles visiteurs de l’île.

"L’ordre social européen" y a en effet pris "d’autres formes", même si ce ne sont pas celles que Böll appelait de ses vœux. Depuis plusieurs semaines, cette petite île tient tout le continent européen en haleine, menaçant l’euro et le pilier de la communauté européenne en même temps. Comment le pays le plus en retard d’Europe a-t-il pu se transformer aussi vite en véritable tripot, paradis des requins immobiliers, des banques d’investissement et autres fléaux de la finance ?

Jusqu’à la fin des années 1980, le Moyen-Age avait trouvé son dernier refuge en Irlande, à l’écart des lumières du continent. Pendant des dizaines d’années, l’Eglise catholique avait défendu sa forteresse celtique contre les assauts de la modernité. Toutefois au début des années 1990, avec la chute du rideau de fer et les débuts de la mondialisation, l’Eglise avait elle aussi dû céder aux nouveaux maîtres.

Les mêmes excès en Irlande que dans les pays d'Europe de l'Est

Au catholicisme a donc succédé le règne du capitalisme. En un rien de temps, la vertueuse Irlande s’était transformée en bordel, c’était l’endroit où l’on venait faire ce que l’on osait pas faire chez soi.

Cette nouvelle donne semblait être une bénédiction pour l’Irlande. L’île bourdonnait d’activité et les milliards d’aide de l’UE renforçaient un peu plus l’illusion que les temps difficiles étaient à jamais derrière nous. Du jour au lendemain, le parent pauvre de l’Europe devint l’un des pays plus chers. L’épidémie d’obésité gagna rapidement l’île où 30% des femmes et presque la moitié des hommes sont désormais en surpoids. Jusque dans les années 80, les Irlandais faisaient partie des peuples les plus maigres d’Europe. A présent, leur tour de taille se rapproche de celui des Allemands. Leur croissance a été démesurée.

Comme partout où les hommes ont tenté de lutter contre l’évolution naturelle, la modernité est arrivée en Irlande comme un torrent impétueux. A cet égard, les hommes fraîchement affranchis ressemblent beaucoup aux hommes fraîchement enrichis. Il n’est pas étonnant que le capitalisme ait donné lieu aux mêmes excès en Irlande que dans les pays trop longtemps asservis d'Europe de l'Est.

Même si de nouvelles entreprises solides ont effectivement été créées sur l’île, les dirigeants politiques ont beaucoup trop misé sur leur nouvelle industrie financière, secret de leur réussite. Pour la première fois de leur histoire, ce secteur magique leur apportait richesse et prospérité.

Le tigre celtique ressemble à présent à un chaton épuisé, hirsute et éclopé. Les Allemands devraient l’entourer de soin et continuer à rendre visite à l’enfant malade. "Cette Irlande existe, avait écrit Heinrich Böll dans son journal. Celui qui s’y rend et ne la trouve pas, ne pourra toutefois pas prétendre à réparation auprès de l’auteur".

mercredi 8 décembre 2010

Nos ancêtres Brian Boru

Le Budget d'austérité a été présenté hier devant le Daìl ? Des têtes vont tomber ? Erin va se fâcher ?

Eh bien, en attendant... les Irlandais comptent leurs ancêtres.

C'est le nouveau passe-temps favori des anciens Tigres celtiques : Qui sommes-nous ? D'où venons-nous? Et (surtout) où allons-nous ?

Sean (encore lui) a envoyé une petite note, hier, au courrier des lecteurs du Irish Times. Elle vaut son pesant de Brian Boru (l'ancêtre commun à tous les Islanders, Grand Roi parmi les rois) :

"Madam, – Congratulations on your excellent “Ancestors” supplement. But I have a problem. When we were celebrating the year 2000, I tried to explain to my grandchildren the process of person to parents to grandparents to greatgrandparents in numbers 2, 4, 8, 16, etc.

One of the bright sparks asked me, how many individual ancestors would he have for the year 1000. Feeling very full of myself and noting that I could introduce a little maths into the discussion, I explained the concept of 2 squared, 2 cubed, etc, and 2 to the power of the number of generations. Taking a generation at 30 years, 2 to the power of 30 for 1000 years ago. Hey presto.

However the same bright spark grabbed his calculator and found that he would need 1.1 million ancestors living in the year 1000 to beget him. As far as I knew the population of Ireland in the year 1000 was around 300,000. He asked me where did the other 700,000 ancestors come from. I was flummoxed

Since then, I have reasoned that an individual could marry twice, and the numbers of required ancestors could be fewer. But I am still wondering. Brian Boru must have been one of the million ancestors. Ryan Tubridy does not have a unique claim! Could a genealogist please help? I must be missing something. – Yours, etc,

mardi 7 décembre 2010

Cookies, pizzas et biscuits au cannabis... C'est la crise !

Quelques "Marrackech biscuits", confectionnés avec le "Cannon butter" maison et accompagnés d'un verre de Creme de Gras, voilà qui devrait réconforter les Irlandais - et les aider à avaler la pilule du budget d'austérité dont les détails seront dévoilés aujourd'hui.

L'ingrédient de base pour ce menu de rêve ? Quelques pincées de cannabis...

Un amateur de bons petits plats, père de quatre enfants, louant une maison à Cork, a volontiers admis devant la Cour qu'il avait effectivement cultivé quelques plants de cannabis - sur tout le second étage.

Mais rien à voir avec le vulgaire dealer de base. Lui, le cannabis, il ne s'en sert que pour la fabrication de son beurre, de son vin, de ses pizzas et de ses cookies. Pas question de faire de l'argent avec ça, monsieur le juge.

Son "Alternative pizza" semble d'ailleurs avoir eu un succès certain dans le voisinage. Et toutes ses créations lui ont surtout servi de monnaie d'échange, contre quelques pintes ou quelques menus travaux. Pas plus.

La police locale a précisé que le bon père de famille tenait auparavant une pizzeria dans le coin et que tous, par ici, le tenaient en grande estime.

Le juge a reconnu que ce cuisinier d'un nouveau genre n'était pas un dealer ordinaire, et que l'argent n'était pas sa motivation. Il lui a cependant donné trois ans de prison avec sursis pour "ne pas avoir respecté la loi".

vendredi 3 décembre 2010