mercredi 22 juin 2011

James Joyce : où sont les pubs ?

Chaque année à Dublin, le 16 juin est un jour particulier. Les Dublinois sont fiers de fêter le Bloomsday et de marcher toute la journée sur les traces du héros de James Joyce.

Dans son livre Ulysse, James Joyce a imaginé son personnage, Leopold Bloom, marchant, toute la journée du 16 juin 1904, dans Dublin et s'arrêtant de ci, de là, dans des endroits parfois encore connus de nos jours.

A un moment du récit, James Joyce fait dire à son personnage une phrase-clé : "Good puzzle would be cross Dublin without passing a pub". Et voilà comment, pendant plus de 89 ans, des marcheurs tentent, tous les ans, avec leur livre à la main, de relever le défi.

Cette année, ils ont eu de la chance. Pendant un an, un informaticien (d'origine irlandaise) a relevé pour eux tous les pubs existants à Dublin. Il les a confrontés ensuite à un logiciel, combiné à une carte de la ville, pour enfin définir le parfait parcours Bloomsday.

Il se dit que plus d'un millier de pubs ont ainsi été répertoriés. Mais un problème reste cependant à résoudre : fallait-il compter également les bars et autre "cafés" qui fleurissent dans la capitale depuis quelques années ? Ou seulement s'en tenir aux pubs traditionnels connus de James Joyce en 1904 ?

Toujours est-il que l'informaticien s'est  maintenant mis en tête de trouver le dédale qui conduirait les nouveaux Leopold Bloom devant le plus de pubs possible - l'an prochain.

A suivre.

jeudi 2 juin 2011

Un saint aux enchères

On trouve de tout en Irlande. Pendant que certains s'affolent devant les plans d'austérité et les factures à payer, d'autres sortent leur porte-monnaie pour se payer la tête d'un saint - vendue aux enchères, samedi 29 mai.

Ce n'est pourtant pas ce qui manque en Irlande, les saints. On en trouve à tous les coins de rue - et dans les campagnes les plus reculées. Quand ce n'est pas en pleine mer. Le plus connu d'entre eux étant celui qui a chassé les serpents de l'île : saint Patrick.

Le saint qui nous intéresse a perdu la tête après sa mort (en 1370). Il s'agirait de saint Vitalis d'Assise, saint patron des parties génitales (on trouve vraiment de tout en Irlande).

Le vendeur a découvert la tête de saint Vitalis dans un de ses hangars, au fin fond du comté de Louth. A la vue du coffre ancien dans lequel elle reposait, l'heureux propriétaire a aussitôt pensé qu'il tenait là une relique.

Quant à savoir comment la tête de saint Vitalis d'Assise s'est retrouvée en Irlande, le mystère reste entier. On pense qu'elle a pu être ramenée d'Italie lors d'un tour d'Europe effectué au 18e siècle.

Saint Vitalis - avec sa tête.

Né en Ombrie, saint Vitalis est réputé avoir mené une jeunesse très libre avant de devenir moine bénédictin - afin de laver ses péchés. Laissant le monastère, il a ensuite vécu en ermite dans la région d'Assise. Après sa mort, le bruit s'est répandu qu'il avait le don de guérir miraculeusement les troubles de la vessie et les maladies génitales.

Toujours est-il que le vendeur irlandais a estimé la valeur de sa tête entre 800 et 1.200 euros - même si personne ne sait s'il s'agit bien de la tête du saint. Le mystère pourrait être pourtant rapidement éclairci grâce aux méthodes d'identification d'ADN, aux techniques médico-légales et aux données historiques.

Mais un autre mystère plane depuis la vente du 29 mai : qui s'est payé la tête du saint ?

Mise à jour au 7 juin 2011 (pour répondre à Geneline) : Une radio irlandaise a annoncé que la tête du saint a été achetée par un acteur d'Hollywood pour 3.500 euros.

Des enchères allant jusqu'à 10.000 euros ont été refusées par le vendeur qui voulait que la tête de saint Vitalis quitte l'Irlande. Pourquoi ? Personne ne sait.

PS : Je n'arrive plus à poster de commentaires en réponse...

lundi 23 mai 2011

Et Obama est arrivé

Barack Obama a fait une visite éclair - et très remarquée - en Irlande, ce lundi 23 mai 2011.

Arrivé à 9 h 30 à l'aéroport de Dublin, il s'est empressé de rendre visite à Marie McAleese, présidente de la république irlandaise. Puis, il s'est brièvement arrêté à l'ambassade des Etats-Unis à Dublin d'où il a failli ne jamais repartir - sa voiture blindée étant restée coincée sur le dos d'âne de la sortie :



L'histoire ne dit pas comment les gardes ont réussi à débloquer la situation, mais toujours est-il qu'il a réussi à rallier Moneygall, comté Offaly, dans la foulée.

Moneygall ? Un carrefour avec trois magasins, quelques pubs et une poignée de maisons aux peintures refaites pour l'occasion. Pourquoi Moneygall ? C'est là que l'arrière-arrière-arrière grand-père de Barack Obama est né, au 19e siècle - avant d'en partir pour les Etats-Unis.

Et c'est là que Barack et Michelle se sont initiés à la pinte de Guinness - avec les (lointains) cousins :



Puis le couple présidentiel est reparti sur Dublin - pour y rencontrer le gouvernement irlandais et l'assurer du soutien du peuple américain.

Enfin, le président des Etats-Unis d'Amérique s'est adressé à quelque 60.000 Irlandais venus l'écouter en agitant leurs petits drapeaux américains.

mercredi 18 mai 2011

Et la reine est venue...

L'Irlande est en train de vivre quatre jours historiques. Quatre jours qui paraissaient impossibles, voici encore quelques années.

La Reine d'Angleterre est en visite officielle en Irlande. L'ex-colonie reçoit en grande pompe le monarque d'un pays qui l'a brimée pendant tant de siècles.

Il s'agit d'un événement exceptionnel, chargé de symboles tant historiques que politiques. Il s'agit tout simplement de la première visite officielle d'un monarque britannique depuis l'indépendance de l'Irlande, en 1922.

Hier, Elizabeth II s'est rendue au Memorial of Remembrance, où les noms des héros pour l'indépendance irlandaise sont inscrits en lettres d'or.

Le Irish Times du jour relate ce moment - un moment tant attendu par les Irlandais.

L'atmosphère est lourde. Le silence empli d'émotion : "Une fanfare militaire irlandaise a entonné le "God save the Queen" ; et une cohorte de vieux fantômes, chers et gentils, fiers et austères, s'est levée et a entouré une petite dame âgée, habillée d'un joli ivoire, sage, se tenant debout, en hommage, devant une sculpture inspirée de la légende des Children of Lir et par le poème de Yeats : Easter 1916 : A Terrible Beauty is Born"


Puis, la Reine a déposé une gerbe de fleurs devant le monument. Et la minute de silence qui a suivi a été, selon la journaliste du Irish Times, d'une telle intensité que "peu parmi les présents pourront l'oublier".

Elle poursuit :"Un peu après, quelques vieux cyniques ont confessé avoir, eux-mêmes, été surpris par la profondeur de leurs propres émotions, en ces moments chargés d'Histoire".

Enfin, les tambours ont roulé tandis que le drapeau de la république d'Irlande était hissé, au son de l'hymne national irlandais.

Tout était fini.


mardi 3 mai 2011

Mariage royal ou rugby

Le mariage du couple princier d'Angleterre a fait couler beaucoup d'encre en Irlande - comme dans le reste du monde. La seule différence est qu'on y a surtout parlé du refus du plus célèbre des joueurs de rugby irlandais, Brian O'Driscoll, de se rendre à l'invitation royale.


A vrai dire, ce n'était pas vraiment un refus. Plutôt une  bonne occasion d'envoyer un message aux Britanniques - à la manière irlandaise. Compromis et larges sourires pour faire comprendre que les Irlandais ont autre chose à faire que d'assister aux mariages de princes et princesses britanniques.

Brian O'Driscoll a donc bien expliqué aux voisins (et néanmoins amis) anglais qu'il lui était ab-so-lu-ment impossible de se rendre à Londres, en ce vendredi de mariage royal. La raison : entraînement avec son équipe en préparation du match Toulouse-Leinster (semi-finale de la Coupe (Heineken) disputé le jour suivant (samedi).

Dans un souci de compromis bien irlandais, il y a quand même envoyé son actrice d'épouse, Amy Huberman, pour "représenter l'Irlande". Avant de préciser que "le prince William est un gars très sympathique, ouvert et normal. Sur le plan de la conversation avec lui et le prince Harry, tout est extrêmement normal. C'est le reste de leur vie qui est a-normal".

PS : Pour ceux qui seraient intéressés : Leinster l'a remporté 32-23.

mercredi 13 avril 2011

Energies renouvelables en Irlande


L'Irlande a beau être en crise (financière, économique et on en passe), elle continue à voir (et à penser) loin.

L'Etat irlandais s'est engagé dans une politique sur l'environnement et l'énergie - visant à donner une plus grande autonomie, à long terme, au pays.

Bien sûr, la première source énergétique qui vient à l'esprit quand on pense à l'Irlande est... le vent. Et de fait, des champs d'éoliennes commencent à parsemer le paysage irlandais - et on peut également en apercevoir quelques-unes au large de la mer d'Irlande.

Voici un extrait des Bulletins Electroniques de février 2011 résumant la situation en matière d'énergies renouvelables du pays :

"Trois rapports portant sur l'état de l'énergie et de l'environnement en Irlande ont récemment été publiés par 3 organismes différents : Eirgrid (l'entreprise d'état pour l'énergie électrique), SEAI (Sustainable Energy Authority Ireland) et ESRI (The Economic and social Research Institute).

Il ressort de ces rapports que l'Irlande serait en bonne voie pour réaliser son objectif de produire 40% de son électricité à partir d'énergies renouvelables d'ici 2020, avec une augmentation de la contribution de l'éolien de 28% par an entre 2005 et 2009.

En cas de réussite, son pourcentage d'énergie éolienne dans la demande en électricité serait le plus élevé d'Europe. Ces rapports soulignent que l'Irlande possède des ressources inexploitées parmi les plus favorables au monde en matière d'énergies renouvelables, ce qui, d'après le ministre de l'énergie, devrait permettre à l'Irlande d'être ambitieuse et de dépasser ses objectifs nationaux afin d'atteindre un niveau où elle sera en mesure d'exporter.

Cependant, l'un des rapports met en doute la capacité de l'Irlande à réaliser ses objectifs pour 2020 en termes de diminution d'émission de CO2, si elle n'a pas recours au dispositif communautaire d'échange de quotas d'émissions.

 En effet, si la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables est en bonne voie, leur utilisation dans les autres secteurs semble stagner.

Mais l'Irlande, dont la croissance du renouvelable à augmenté de 15% entre 2005 et 2009, fait montre de sa volonté de devenir leader dans ce secteur en signant avec 9 autres pays européens un mémorandum d'accord pour le projet "Super-Grid", pour lequel elle devrait piloter avec le Royaume-Unis l'un des 3 ateliers de travail intitulé "Market and Regulatory issues".

Ce projet a pour objectif de créer un réseau électrique commun au Nord de l'Europe afin de transmettre des énergies provenant de sources renouvelables intermittentes comme les vagues ou le vent."

Enfin, un peu de positif dans un pays traversé actuellement par un épais nuage de "gloom and doom".

Un pays résolument opposé à l'énergie nucléaire - et qui s'est battu bec et ongles contre ses voisins britanniques (encore) au sujet de la centrale de Sellafield.

lundi 4 avril 2011

Météo d'Irlande

Et voilà, c'est le printemps... en Irlande !

Et pour qui veut savoir comment se vêtir de bon matin avant de sortir de son cottage battu par les vents venus tout droit de la mer d'Irlande, un petit coup d'oeil sur les pages météo est indispensable.

Oui, mais voilà : la météo irlandaise n'est pas la française. Et vous pouvez, à coup sûr, prévoir vous-même, quelles seront les prévisions du jour.

Petit résumé de la semaine irlandaise :

Lundi : "Partly sunny with showers"

Mardi : "Partly sunny with showers"

Mercredi :"Intermittents clouds" (mon préféré)

Jeudi :"Partly sunny with showers"

Vendredi : "Scattered showers with sun"

Saturday :"Partly sunny with showers"

Sunday : "SUNNY" (if you're lucky)

Be happy ! You're in Ireland.

mercredi 23 mars 2011

Barack Obama au comté Offaly



Pour ceux qui en doutaient encore (j'ai reçu des plaintes), voici ce que le président des Etats-Unis, Barack Obama, verra lors de son voyage officiel en Irlande : le village de ses ancêtres irlandais.

Moneygall (comté Offaly) se prépare déjà pour le grand jour - en mai prochain.

Good luck... Barack !

vendredi 18 mars 2011

Dublin 2011 : parade de Saint-Patrick exceptionnelle

"Une parade exceptionnelle". Ce sont les termes employés par les commentateurs hier soir, surpris par le nombre d'Irlandais présents dans les rues de Dublin - pour la Saint-Patrick.

Effet de crise ?

Ils étaient 500.000 Irlandais, hier, dans les rues de Dublin. Un chiffre énorme quand on sait que la population totale de l'Irlande dépasse à peine 4 millions.

Ci-dessous une vidéo de RTE - Radio Television Eire

Six One News: St Patrick's Day parade: Dublin - Video - RTÉ News Player

Le bol de shamrock et le cousin


Le nouveau Premier ministre irlandais, Enda Kenny, est donc allé porter son bol de shamrock au cousin américain - Barack Obama.

Pour ceux qui doutaient du bien-fondé d'un tel voyage à Washington en ces temps d'austérité, Enda Kenny a rapporté un petit cadeau-surprise de son séjour américain : l'annonce d'une visite officielle du président des Etats-Unis en Irlande. En mai prochain.

Les Irlandais sont aux anges. Pensez : Barack Obama au printemps et la reine d'Angleterre en été.

Certains se posaient certes des questions sur le coût de la visite royale en terre irlandaise (surtout en matière de sécurité)... mais Barack, c'est autre chose.

C'est un cousin, après tout. N'a-t-il pas déclaré à propos de son futur voyage en Irlande : " Je pense que je ne me rendrai pas seulement sur les lieux les plus célèbres, mais aussi au village de Moneygall, là d'où vient mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père" ?

En tout cas, cette visite fait l'effet d'un énorme coup de pouce à la nation irlandaise tout entière.

Nation qui semble se réveiller en sursaut devant les difficultés à surmonter. Car, chose rarissime même pour la Saint-Patrick, ils étaient bel et bien 500.000 Irlandais dans les rues de Dublin, hier, à s'unir sur le chemin de la Grande Parade de Dublin.

lundi 14 mars 2011

Un bol de shamrock


Jeudi, c'est jour de Saint-Patrick. Le jour des Irlandais. Le 17 mars : un jour vert et orange - et un peu blanc aussi.

Et pendant que leur nouveau Premier ministre, Enda Kenny, ferraille dur à Bruxelles contre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (après tout, il a été élu pour ça), les Irlandais, eux, se préparent pour le grand jour.

On scrute fébrilement le ciel pour savoir si le soleil sera de la partie (ou plutôt, si la pluie saura se faire oublier), on fouille les fonds de tiroirs à la recherche de la panoplie adéquate pour la parade de la ville, on sonne le tocsin, on réquisitionne toutes les écoles et les enfants qui vont avec et... on oublie le reste. Tout le reste.

La France et l'Allemagne veulent que l'Irlande renonce à son taux d'imposition de 12,5 p.cent sur les sociétés ? Lepechrauns. L'Union européenne veut une harmonisation fiscale ? Shamrock. On renâcle à alléger les conditions du plan de sauvetage financier accordé à l'Irlande ? Saint-Patrick.

Lepechraun en parade


Et cette année, on se pose de grandes questions. Car, en ces temps de crise, faut-il faire le voyage jusqu'aux Etats-Unis en serrant sur sa poitrine son bol de shamrock ?

C'est une vieille tradition. A la Saint-Patrick, l'Irlandais donne son bol de shamrock au cousin d'Amérique. Et tous les ans, le Premier ministre irlandais apporte son petit trèfle au président des Etats-Unis.

Bush et Ahern - l'ancien Premier ministre irlandais, du temps de la splendeur du Tigre celtique


Barack Obama et Brian Cowen - l'ancien Premier ministre irlandais, du temps de la récession

Et cette année ? Quelle sera la tendance ? Le nouveau Premier ministre irlandais sera-t-il rentré à temps de Bruxelles ?

Et sera-t-il encore assez vaillant pour pouvoir soulever son bol de shamrock cuvée 2011 ?

lundi 7 mars 2011

La Reine en Irlande

Les Irlandais font leur révolution en votant contre le parti-roi Fianna Fail, majoritaire dans le pays depuis les années 1930 ?

Le nouveau vainqueur Fine Gael mène des pourparlers difficiles en vue d'une coalition avec le Labour Party pour diriger la république d'Irlande ?

Qu'a cela ne tienne. Les Anglais, eux, annoncent tranquillement que leur reine viendra rendre visite à ses anciens sujets - cet été.



On peut dire que les Anglais ont le sens du timing. Bon, d'accord, Buckingham Palace répond ainsi à l'invitation de la présidente de la république d'Irlande, Mary McAleese - qui tient absolument à cette visite "pour rapprocher les deux pays".

C'est la première fois qu'un monarque britannique mettra le pied sur le sol irlandais depuis l'indépendance de l'Irlande en 1922.

Il se dit même que la reine pourrait prononcer son discours officiel au château de Dublin - ancien symbole du pouvoir britannique en Irlande et actuel siège du gouvernement irlandais.

Du coup, on en oublie (presque) la crise économique et financière qui secoue le pays. Mais, n'est-ce pas, il faut bien faire plaisir aux voisins qui viennent de vous accorder un prêt sonnant et trébuchant - pour vous aider à sortir de l'ornière dans laquelle vous vous êtes si joyeusement fourrés.

Quelques citoyens râlent bien un peu au sujet du coût d'un tel voyage (surtout en terme de sécurité, d'ailleurs) et le Sinn Fein fait bien remarquer qu'une telle visite est "prématurée", mais la pilule semble plutôt bien passer.

 Il faut dire que la Saint-Patrick approche - et on commence à se demander s'il ne vaudrait pas mieux pour les finances du pays que (une fois n'est pas coutume) Barack Obama vienne en Irlande pour la traditionnelle remise de bol de shamrock.

Alors, la Reine...

vendredi 25 février 2011

Ghost estates ou les fantômes d'Irlande


Voici à quoi ressemblent certains coins d'Irlande. Des déserts ruraux, aux marges de villes moyennes, parsemés de quelques pavillons dernier chic, qui ne souffrent que d'un seul défaut : personne n'y habite.

Avec la mort du Tigre celtique, des centaines de "nouveaux quartiers" se retrouvent à l'abandon - et leurs rares habitants avec.

Les promoteurs, qui s'étaient frotté les mains devant cette nouvelle mine d'or dans les années 2006-2007, sont vite repartis après l'éclatement de la bulle immobilière irlandaise.

Les prix de l'immobilier ont chuté de plus de 30 p.cent en six ans. Ceux qui avaient acheté une maison ne peuvent la revendre. Les banques irlandaises ont durement resserré les cordons de la bourse. Et plus personne ne peut acheter de maison.

D'ailleurs, plus personne ne veut investir dans le bâtiment. Et les chantiers, commencés pendant la période faste, en restent là où on les a laissés : à moitié finis - ou pas finis du tout.



Pendant l'hiver 2009, une jeune femme est morte de froid dans un de ces "quartiers fantômes". L'organisme qui gère son bloc d'appartements avait décrété que le chauffage coûtait trop cher pour les deux locataires qui y habitaient. Et avait coupé le gaz. Cette nuit-là, la température a chuté sous zéro - et Claire est morte, seule.

Beaucoup d'Irlandais ont cru pouvoir acheter leur maison dans ces endroits aux prix abordables. Ils ont en masse contracté un prêt immobilier - souvent sans apport personnel.

Avec la crise économique et financière que connaît l'Irlande, la plupart d'entre eux ont perdu leur emploi. Et doivent maintenant rembourser la banque pour une maison qu'ils n'habiteront jamais.



Et les rares qui pourront s'y installer n'auront de toute façon aucun magasin, aucune école, aucun médecin à des kilomètres à la ronde.

Et, en aucun cas, ils ne pourront revendre leur bien pour aller voir ailleurs - si les cieux sont plus cléments avec les miséreux.

lundi 14 février 2011

Une (autre) bonne nouvelle... pour les banques.

"Lenihan [le ministre irlandais des finances] reporte l'injection de 10 milliards d'euros dans les banques après les élections", proclame le Irish Times daté du 10 février.

Le plan de sauvetage des banques irlandaises qui, pour le moment, est doté de 50 milliards d'euros, devrait ainsi être renfloué après le 25 février prochain, date des prochaines élections générales.

Deux semaines avant le scrutin qui devrait anéantir le parti majoritaire de la coalition actuellement au pouvoir, le Fianna Fáil (jugé largement responsable de la catastrophe économique irlandaise), Mr. Lenihan fait ainsi un cadeau empoisonné à l'opposition et son futur gouvernement.

Le ministre a affirmé que la décision d'attendre la fin des élections générales avait été prise en accord avec l'Union europénne, le FMI et la BCE.

Il a déclaré : "J'applique la pratique constitutionnelle. Les choses seraient différentes si le gouvernement n'avait pas perdu sa majorité".

Les 10 milliards d'euros "devraient être prélevés sur le Fonds national des retraites", rappelle le Irish Times.

Haut les coeurs.

Source : Irish Times et Presseurop

vendredi 4 février 2011

Où es-tu Brian Boru ?

Une lectrice du Brésil, amoureuse passionnée de l'Irlande, a tenu à adresser, aujourd'hui, une lettre aux lecteurs du journal The Irish Times.

Son message est simple :   Mais où est donc passé Brian Boru ?

"The spirit of Brian Boru.



Madam, – I lived and worked in Ireland until recently. Imagine my feelings when I heard that the country I loved so much is now in such dire straits. A country once full of joy and energy has become a country full of expensive unused toys, evil spirits and negatives.

Bickering and self-serving politicians serve your country’s reputation very ill indeed. Where are the spirits of Brian Boru, the Great O’Neill and Daniel O’Connell? Of the Táin, the Celts, Lady Gregory, Wolf Tone, or the spiritual writings of Samuel Beckett, and WB Yeats? – Yours, etc,"



jeudi 3 février 2011

L'espion venait du (grand) froid


Un diplomate russe vient d'être invité, très officiellement, à quitter l'Irlande sur le champ. Les autorités irlandaises ont tenu à réagir promptement après la découverte d'un trafic de passeports irlandais, utilisés par des espions basés aux Etats-Unis.

Le ministère irlandais des affaires étrangères a affirmé que "les activités des services secrets russes liées au trafic de passeports irlandais et à l'usurpation effective de l'identité de six citoyens irlandais [dont un couple du Donegal] sont absolument inacceptables".

Le secrétaire général du ministère a, de ce pas, informé l'ambassadeur de Russie en Irlande que les accréditations officielles du diplomate fautif prenaient fin à compter de ce jour et que le-dit diplomate devait avoir quitté le territoire irlandais dans les temps indiqués.

Le gouvernement irlandais a conclu en "espérant que le pénible incident sera rapidement oublié et que les relations entre l'Irlande et la Fédération russe se poursuivront à l'avenir".

La Russie a aussitôt répliqué en clamant haut et fort que des mesures de représailles seront prises à l'encontre de l'Irlande.



Les espions de tous pays apprécient grandement les passeports irlandais - en raison du statut de neutralité de l'Irlande.

En juin dernier, le gouvernement irlandais avait déjà dû demander à Israel de rappeler un membre de son ambassade à Dublin, après le meurtre d'un officier du Hamas à Dubai par des agents à passeports irlandais.

mercredi 26 janvier 2011

Le rêve irlandais... c'est fini.

Steve Bell, dessinateur britannique, chroniqueur au Guardian.

"BCE FMI
Nous promettons de préserver les banques et les créditeurs de l'Etat au prix de vos boulots pour le temps que cela prendra" ©Steve Bell 2010


Huit ministre qui quittent le gouvernement en dix jours. Le parti des Verts qui claque avec fracas les portes de la coalition gouvernementale, jurant qu'on ne les y reprendra plus.

Un Premier ministre, Brian Cowen, qui démissionne de son poste de chef de file du parti Fianna Fail, le parti au pouvoir depuis plus de vingt ans.

Des élections générales anticipées, annoncées d'abord pour le 11 mars puis avancées au 25 février - vu l'état de catastrophe généralisée du pays.

Un budget d'austérité puissance 1000 à faire adopter par le parlement en urgence. Y compris par les partis d'opposition qui risquent bien de se retrouver au pouvoir après ces sus-dites élections générales.

Et de se retrouver donc, avec des mesures de rigueur à appliquer à un pays peu enclin à payer plus d'impôts pour gagner toujours moins d'argent.

Et avec tout ça, un sentiment d'amertume et de honte à l'idée d'avoir perdu une souveraineté nationale durement acquise après l'indépendance du pays, en 1922. La jeune république d'Irlande (proclamée en 1949) ne se remet toujours pas du coup du FMI et de la BCE.

Quant à la crise économique qui n'en finit pas de ronger le pays... on n'en parle même pas.

vendredi 21 janvier 2011

La corne de brume... c'est fini.


Entrée du port de Cork (pour le frisson)


Le 10 janvier 2011, un grand pas a été franchi en Irlande : on a supprimé la corne de brume des phares de la côte.

Et tant qu'on y était, on s'est même demandé si on allait continuer à allumer toutes ces tours éparpillées le long du littoral - et qui ne servent plus guère maintenant qu'à attirer les touristes.


Entrée du port de Cork (pour la musique).


Pourtant, il est plutôt rassurant de les entendre et de les aperçevoir à travers les brusques levées de brouillards qui se plaisent à cacher les roches aux bateaux alentours.

Mais le gouvernement et la technologie moderne en ont décidé ainsi : plus de cornes, plus de phares - seulement des radars et autres outils ultra-perfectionnés.


Un petit dernier (pour la route).

mardi 11 janvier 2011

Irlandais et émigration

La crise est là.  L'Irlande ne s'en sort plus. Et les Irlandais (re)découvrent les pauvres joies de l'émigration..

Le mot fait toujours frissonner les anciens. Ils se souviennent de ces années d'enfance, sans père. Un père parti au loin gagner un peu d'argent - de quoi nourrir les cinq ou six enfants restés en Irlande, avec leur mère.

Ces vies, passées à attendre l'absent, on  les avait enterrées dans un passé dont on ne voulait plus.  Mais le passé est revenu.

Après Noél, l'aéroport de Dublin s'est empli d'une nouvelle rumeur. Des cris, des pleurs, des chuchotements. Des valises, lourdes des petits objets trop personnels pour les laisser derrière soi. Des mères et des pères aux yeux rougis, des oncles et des tantes aux mains tremblantes et, parfois, des mamies et leur papy qui ne retiennent plus leurs larmes.

Les petits  vont partir. Ils n'ont plus le choix.

Durant les terribles années 1980, au taux de chômage de 18 p.cent, le rythme de l'émigration en l'Irlande était le plus élevé d'Europe - avec 70, 600 personnes quittant le pays chaque année. En avril 2010, le taux d'émigration était quasi-comparable, avec 65.300 candidats à l'émigration pour un taux de chômage de 13, 8 p.cent.

La différence entre ces deux chiffres tient dans l'origine des nouveaux émigrés. En 1989, la totalité d'entre eux étaient irlandais. En 2010  27, 700 sont irlandais, 19, 900 sont d'anciens immigrés d'Europe de l'Est, repartis dans leur pays d'origine, et les autres viennent de pays non-européens.

Les chiffres peuvent donc paraître pire que ne l'est la réalité. Des experts affirment ici que la situation est, pour le moment, loin d'être celle des années 1980.

Pourtant, les jeunes Irlandais s'habituent à l'idée d'une émigration - subie ou choisie. Et c'est là une des caractéristiques de la culture irlandaise - l'héritage d'un lourd passé post-colonial.

Durant le désormais fameux Tigre celtique, de nombreux Irlandais ont continué à choisir de partir. Ils sont tous revenus,  fortune faite, dans un pays en pleine expansion, pour y tenter de nouvelles expériences. Les nouvelles générations ne font donc que reprendre le même chemin - poussées cette fois par une crise économique qui ne lâche pas prise.

Mais l'état d'esprit de ces nouveaux émigrants est différent de celui de leurs grand-parents. Elevés dans une période faste, ils ont bénéficié des meilleures études et ont choisi leur métier avec rigueur. Leurs désirs et leurs envies ne correspondent plus vraiment à la situation qu'ils doivent désormais affronter. Et les pays qui les accueillent doivent apprendre que les Irlandais ont maintenant des exigences.

Au pays, les lycéens savent déjà qu'après leur Leaving Cert (baccalauréat), ils devront partir pour construire une vie.
Les lycéens ont compris plus vite que leurs grands frères, encore plongés dans leurs rêves de tigres perdus.

vendredi 31 décembre 2010

Neige d'Irlande



L'Irlande sous la neige. On ne peut le voir qu'une fois tous les trente ou quarante ans. Même si, l'année dernière déjà, on avait eu un petit aperçu de l'hiver continental sur les côtes irlandaises.





Mais même sous la neige et la glace,  le ciel d'Irlande reste tel qu'en lui même : et on comprend d'où vient la force qui anime les esprits de cette terre.



Les rois de Tara ne sont jamais très loin - et la reine Maeve nous regarde, du haut de son tumulus sacré.



 La neige en Irlande. Même la mer y succombe.