mardi 31 août 2010

Discrimination en Irlande : le long combat des femmes



Portmarnock : sa ville, ses fleurs, son golf... pour hommes seulement.

Le jugement est tombé après sept ans de procédure : le golf de Portmarnock, une "institution nationale", selon l'un des juges, restera exclusivement un golf pour hommes seulement.

Les juges en ont décidé ainsi après moult audiences, appels, recours à la Consitution irlandaise et autres Acts du droit irlandais. Rien n'a été laissé au hasard.

Pourtant, les femmes irlandaises ont essayé de se battre. Et elles ont perdu : elles ne pourront pas être membres à part entière de ce club de golf où politiciens, hommes d'affaires et avocats de renom ont coutume de se rencontrer pour parler business.

Une dizaine d'années de cela, l'Irlande comptait près de 400 clubs de golf pratiquant la même politique d'exclusion à l'encontre des femmes.

Celles-ci pouvaient néanmoins payer un droit d'entrée pour jouer au golf - mais seulement pendant certaines heures. Les portes des golfs d'Irlande leur étaient ouvertes essentiellement pendant la semaine - lorsque la demande était faible.

Petit à petit, la plupart de ces clubs ont changé leurs statuts sous les coups de boutoirs des femmes - et de quelques hommes aussi.

Sauf un : Portmarnock, le plus important d'entre eux.

Malgré les plaintes déposées en nombre pour "discrimination" selon l'Equal Status Act, les juges ont décidé que le club de golf pouvait rester "Men Only".

L'un des arguments-clés de cette décision repose sur le fait que le club a été fondé par des hommes, pour jouer au golf entre hommes - tout comme, à travers le pays, existent des bookclubs exclusivement féminins.

Evidemment, les juges ont décortiqué le droit irlandais pour justifier et bétonner leur décision.

La société irlandaise reste encore relativement figée sur son ancien modèle social où hommes et femmes sont distinctement séparés : écoles, clubs, travail, rencontres diverses. Certaines écoles ne sont devenues mixtes que très récemment, si l'on compare avec le modèle français.

Les femmes d'Irlande vont continuer à se battre pour plus d'égalité encore, mais la crise économique ne va certainement pas les aider dans ce combat.

dimanche 25 juillet 2010

Une fibule du 7e siècle dans un poêle à tourbe




Une fibule en bronze datant du 7e siècle a été découverte par un couple de retraités irlandais du Kerry - dans leur poêle à tourbe. C'est en voulant nettoyer son poêle que Sheila Edgeworth a trouvé dans les cendres un bout de métal noirci par le feu.

"Mais qu'est-ce que ça peut bien être ?", demande-t-elle à son mari Pat, qui prend l'objet, le retourne dans tous les sens et avance : "C'est un ancien mors pour âne" - se souvenant que les ânes étaient souvent utilisés pour le transport de la tourbe, par le passé.


La boucle est si noire que Sheila et Pat décident de la frotter avec un chiffon et de l'eau. Devant ce qui apparaît lentement, Pat comprend : "Ce doit être une broche, comme celles qu'on voit dans les livres".

Selon le Kerry County Museum, il s'agit d'une fibule du 7e siècle, en bronze, typique des 6e et 7e siècle en Irlande. La broche de Sheila et Pat est particulièrement intéressante pour les archélogues car décorée, à ses extrémités, par deux croix chrétiennes - signe qu'elle appartenait soit à un chrétien des premiers temps soit, plus certainement, à un moine.


La région du Kerry, où la broche a été trouvée, est réputée pour ses ruines chrétiennes du haut-Moyen Age et ses puits sacrés. Selon les archéologues, le moine qui portait cette fibule a dû la perdre dans la forêt qui bordait alors la route de Ballylonford, localité où habitent Pat et Sheila. La forêt s'étant transformée peu à peu en terrain à tourbe (bog), la broche en bronze s'est retrouvée piégée dans le sol.


Comme le responsable du Kerry County Museum le souligne : "Cette broche a donc survécu à la tourbe, aux pelleteuses et au feu. C'est une histoire incroyable !"

jeudi 24 juin 2010

Irlande en images

lundi 21 juin 2010

Deux Irlandaises en Languedoc : ou pourquoi les Françaises ne grossissent pas




Au début du mois d'octobre 2008, la Foire du vin français, organisée par le réseau Sopexa, spécialiste de l'agroalimentaire, a installé ses quartiers à Dublin. Les vins exposés provenaient en majorité de domaines cultivant le bio et l'agriculture "durable".

Au milieu des producteurs français, deux soeurs irlandaises ont fait sensation auprès du public dublinois. Installées en Languedoc depuis 2000, Suzanne et Karen O'Reilly ont su jouer la carte "tricolore" auprès de leurs compatriotes, toujours avides de connaître les secrets de la culture française.

On pouvait les entendre raconter à des Irlandais qui n'avait jamais vu la Méditeranée ni même de neige de leur vie, qu'elles "pouvaient aller nager dans la "Med" en 20 minutes ou aller skier dans les Pyrénées en 1 heure".

Après avoir commencé par vendre des maisons du Languedoc-Roussillon aux Irlandais via leur site Internet, elles ont décidé de se tourner vers le commerce du vin "par passion" et développer un réseau en Irlande.

Le nom d'O'Reilly a désormais rejoint la liste, déjà longue, d'Irlandais installés en France.

Mais les Hennessy, les Michel Lynch, les Thomas Barton et même les Mac-Mahon les reconnaîtront-ils, eux dont les ancêtres sont arrivés en France avec les Wild Geese ?

La défaite de 1691 contre Guillaume d'Orange doit sembler bien loin aux deux soeurs O'Reilly.

Plus prosaïquement, poursuivant leur trip français, Suzanne et Karen O'Reilly proposent aux fans de Peter Mayle (auteur britannique du best-seller mondial : Une Année en Provence) de découvrir la France et les Français - tâche ardue s'il en est.

Grâce à la French Tour Company des deux soeurs, l'Irlandais moyen pourra désormais s'offrir des visites de domaines et caves viticoles autour de Perpignan, dans le Languedoc et dans le Roussillon.

Il pourra même pousser jusqu'en Touraine où, pour 250 euros par personne, il découvrira le vignoble sur trois jours.


Mieux : avec et grâce aux deux soeurs, l'Irlandaise moyenne (elle aussi) pourra enfin comprendre pourquoi les "Françaises ne grossissent pas".




S'appuyant sur le succès du best-seller anglo-saxon de l'Américaine Mireille Guilliano paru en 2005, le Why Frenchwomen Don't Get Fat Tour propose des marches, des repas fins équilibrés et une journée Spa pour seulement 95 euros par personne.

Et pour 90 euros, l'Art Tour permettra à l'Irlandais et l'Irlandaise (moyens donc) d'accéder au sacro-saint de la culture française - vue par les Anglo-Saxons : visites de musées et "leçons d'art".

mercredi 16 juin 2010

Le pub irlandais pris en otage



C'est arrivé un jour de semaine, en 2009.

C'est arrivé en Irlande - dans une petite ville près de Dublin.

L'après-midi s'annonçait tranquille, le ciel était gris, le vent pas encore levé - pour une fois. Au pub du coin, deux ou trois piliers avec leur première (depuis midi) pinte de Guinness à la main.

Puis, vers 15-16 heures - on ne sait pas trop - une famille de Travellers (les gens du voyage irlandais) arrive. Ils ont quelque chose à arroser, c'est sûr, à voir l'alcool qu'ils descendent. Le patron pense alors à ralentir le flot. Et même à l'arrêter net.

C'est à ce moment-là que tout a basculé.

Et que l'on a alors assisté à la première prise en otage... d'un pub !

Le spectacle est grandiose : la foule accoure, hurle, prend partie, commente les mouvements de la police.

"Ils vont entrer par la porte de devant !" "Non, ils vont essayer par derrière !" Soudain, des jets de lances-incendie sortent du pub. Quelqu'un crie : "On n'est pas supposé jeter les bombes lacrymo dans le pub, les gars ?"

On en fait même un film-pastiche, inspiré des Benny Hill de la grande époque (voir vidéo). Dialogues écrits :

- "Eh les gars, comment ça va chez vous?"

- "Vous pouvez prendre tous les tapis qu'on vend mais pas notre liberté !"

- "Je te le dis, chef, si tu m'enlèves ces menottes, je ferais des petits boulots pour toi."

- "J'te donne même mon mini-van !"

- "Tu me redis ça encore une fois, je te balance la tête à travers le mur !"

Pour conclure sur une superbe envolée de "You f****** etc. etc". Le générique n'est pas mal non plus - dans le pur style humour irlandais.

Voilà : c'est aussi ça, l'Irlande - et les Irlandais, avec qui on ne s'ennuie jamais. Il faut bien le dire.


lundi 14 juin 2010

Bloody Sunday - 1972

Photo Reuters

30 janvier 1972 - Derry (Irlande du Nord) : la population catholique de la ville manifeste pour la pleine reconnaissance des droits civils aux citoyens catholiques d'Irlande du Nord. La grande marche débute dans le calme, avec femmes, enfants, personnes âgées.

L'armée britannique veille.

Soudain, tout s'emballe. Des coups de feu sont tirés - dans la foule. Des civils sont tués. Le cessez-le-feu tarde à être décidé du côté britannique.

Mardi 15 juin 2010 : un rapport de 5.000 pages va enfin être officiellement publié. Qui a ordonné le massacre de ces dizaines de civils ?

Réponse : 38 ans plus tard.


Petit rappel :

En 1998, Tony Blair demande l'ouverture d'une enquête concernant ces événements - en parallèle des négociations qui ont abouti aux accords de paix de 1998 (Good Friday Agreement).

L'enquête a produit un rapport de 5 000 pages - après une enquête qui aura duré 12 ans.


Un premier rapport officiel, publié juste après le Bloody Sunday, affirmait que les soldats n'avaient ouvert le feu que pour se défendre. Or les manifestants n'étaient pas armés. Cinq manifestants ont été tués d'une balle dans le dos - dont l'homme qui brandit un mouchoir blanc en portant secours à un blessé.

Le rapport de Lord Saville a été publié mardi 15 juin, à 15.30 h à Derry (Irlande du Nord).

Plus de 500 journalistes venus du monde entier ont été accrédités et étaient présents.

Les familles des victimes étaient dans la salle, recueillies, attentives à la lecture du rapport - qui n'a pas été censuré par les autorités britanniques.

Les conclusions du rapport sont simples : le massacre est "injustifiable".

Le rapport précise également nettement et clairement que les parachutistes britanniques ont tiré à balles réelles, sans sommation pour prévenir les civils présents - et que toutes les victimes de la marche pacifique étaient désarmées et innocentes.

Pour la première fois en 38 ans, le gouvernement britannique reconnait ses torts : Cameron s'est exprimé, hier après-midi, devant la House of Communs, après la lecture du rapport et a déclaré que la Grande-Bretagne avait eu tort :

'What happened on Bloody Sunday was both unjustified and unjustifiable. It was wrong.'

Il a présenté ses excuses au nom de son pays :

"On behalf of our country I am deeply sorry" – British prime minister David Cameron

Une première dans l'histoire de l'Irlande du Nord (et de l'Irlande en général).

Bloody Sunday - 1972 - 2010 : le rapport officiel



30 janvier 1972 - Derry (Irlande du Nord) : La population catholique de la ville organise une marche pacifique pour la pleine reconnaissance des droits civils des Catholiques d'Irlande du Nord.

Des femmes, des enfants et des personnes âgées participent à la manifestation. Tout est calme - malgré une tension dans les rangs.

L'armée britannique veille.

Soudain, tout s'emballe. Partis d'on ne sait où, des coups de feu éclatent. Des personnes s'écroulent.

Le cessez-le-feu tarde à être décrété. L'armée britannique continue à tirer.


Mardi 15 juin 2010 : le rapport officiel de 5.000 pages va enfin être publié. Qui a ordonné le massacre ?

Les familles attendent de connaître la vérité depuis 38 ans.photo Reuters

vendredi 11 juin 2010

L'Irlande des premiers chrétiens



En Irlande, au détour d'une petite route si étroite que deux voitures ne peuvent se croiser, des endroits magiques se cachent depuis plus d'un millénaire. Ils y sont encore nombreux, venus du fond des premiers temps du christianisme, intacts ou presque.

Quand, par hasard, votre chemin croise l'un de ces lieux hors d'âge, vous en revenez apaisé - transformé.




Monasterboice : l'un des premiers monastères fondés en Irlande - aux alentours de 520. Ses ruines sont là, presque intactes, au milieu d'un cimetière greffé autour d'elles, au fil des siècles. La ville de Drogheda n'est qu'à quelques kilomètres.


On dit que Monasterboice a été fondé par saint Buithe, disciple de saint Patrick. Les Vikings s'en emparent en 968 - avant que le grand roi celte de Tara ne le reprenne.

Le monastère fut un important centre spirituel - jusqu'à l'arrivée, en 1142, de moines cisterciens, venus de France pour fonder leur abbaye voisine : Mellifont.




Ce qui frappe en ce lieu - plus que la tour des moines pour échapper aux assauts des Vikings, plus que les deux petites églises si minuscules pour un lieu aussi grand - ce sont les quatre croix monumentales.

En granit, lavées par les vents et la pluie, elles racontent au peuple et aux moines l'histoire de la Bible. De simples images, des personnages de tous temps, avec leurs habits, leurs gestes et leur foi.

La lumière du ciel d'Irlande ajoute encore à la magie du lieu. Et soudain, on les voit ces premiers chrétiens, marchant en file pour venir se recueillir devant les croix qui s'élancent vers le ciel.

jeudi 10 juin 2010

Crise : un rapport indépendant met en cause le gouvernement

Hier soir, le gouverneur de la banque centrale irlandaise, Patrick Honohan, a dévoilé les conclusions d'une enquête internationale et indépendante sur les causes de la crise bancaire et financière en Irlande.

Les conclusions du rapport Honohan sont impitoyables pour le gouvernement actuel - qui menait déjà le pays pendant la période dorée du Tigre celtique.

Le rapport met en cause la politique du ministre des finances de l'époque - Brian Cowen, l'actuel Premier ministre. Les deux experts internationaux qui ont participé à l'enquête rejoignent le gouverneur Patrick Honohan dans ses conclusions : le gouvernement s'est rendu coupable de laxisme en matière de fiscalité et de régulation immobilière.

Attirer les investisseurs étrangers à coups de fiscalité avantageuse et favoriser le secteur du bâtiment en laissant toute liberté aux banques a conduit - selon le rapport Honohan - le pays au bord du gouffre. Un gouffre qui n'aurait rien à voir - toujours selon le rapport - avec la crise internationale actuelle.

Socialement, les effets de la crise irlandaise se font fortement sentir.

"J'ai eu trois suicides ces derniers mois à cause de la pression que connaissent actuellement les gens", déclare un responsable du Money Advice and Budgetering Service (Mabs) dans une ville moyenne du centre du pays.

Les bureaux d'aide sociale sont débordés depuis plusieurs semaines. On pense même au retour des années noires lorsque le taux de chômage atteignait 22 p.cent et que la seule façon de réduire les files d'attente au Dole (Assedic) était de mettre les gens deux par deux.

Selon le Mabs, le niveau moyen des dettes des ménages qui viennent leur demander de l'aide a doublé en un an et atteint maintenant 11.400 euros par client.

Les classes moyennes sont étranglées, piégées par un système qui leur a permis d'emprunter aux banques irlandaises l'argent pour acheter la grande maison de leurs rêves ou le grand 4x4 dernier cri. Tout paraissait facile.

A l'époque, les banques approuvaient tous les dossiers. Beaucoup de ménages à ressources modestes ont bénéficié de prêts à 100 p.cent. Sur 30 ou 40 ans.

Le Mabs voit défiler dans ses bureaux des hommes qui doivent à leur banque plus de 1.200 euros par mois pour leur maison et qui n'ont pour seuls revenus que l'allocation chômage allouée par l'Etat irlandais.

"Blood in the streets", c'est ce qu'on entend le plus ces jours-ci en Irlande.

Les banques se font pressantes et envoient des "contrôleurs" chez leurs clients. Ils débarquent chez eux tous les deux jours, exigent de voir les factures et le budget du ménage pour la semaine.

Tout le monde connaît quelqu'un en difficulté mais personne n'admettra qu'il est lui-même concerné par la crise.

"Voir des enfants pleurer leur père qui vient de se tuer à cause de ses difficultés financières est la pire des choses", raconte un responsable du Mabs.

La crise sera profonde. Car ce n'est pas seulement le secteur de l'immobilier et du bâtiment qui a été touché mais bien tout le réseau économique qui va avec : fournisseurs de matériaux, usines, restaurants, pubs, alimentation.

Les nouveaux migrants de la Nouvelle Irlande sont déjà repartis vers leurs pays de l'Est. Les Irlandais parlent de partir à leur tour. Et de renouer avec leur vieille tradition : l'émigration de masse.

mercredi 9 juin 2010

Féminisme : toujours une nécessité en Irlande

Le Feminist Open Forum a ouvert ses portes, en septembre 2008, pour la première fois en Irlande. Plus de 80 chercheurs, politiques ou responsables d'associations étaient présents. Ou plutôt "présentes" : la majorité des personnes réunies étaient des femmes.

"Le féminisme est toujours une nécessité en Irlande". La réunion inaugurale du Forum s'est terminée sur ce cri.

La première raison de ce combat en République d'Irlande est l'interdiction du droit à l'avortement inscrit dans la Constitution irlandaise. La loi de 1992, qui amende la Constitution en donnant le droit aux femmes de "voyager pour aller avorter à l'étranger", permet chaque année à 4. 686 femmes enceintes de se rendre au Royaume-Uni pour avorter. Les Pays-Bas attirent 485 Irlandaises enceintes par an, dans le même but.

On estime que de nombreuses autres femmes enceintes de la République d'Irlande voyagent à travers l'Europe pour se faire avorter. Elles profitent des voyages à bas coût qui se sont développés ces dernières années sur l'Europe entière. Leur nombre n'est pas connu. Soit elles ne donnent pas leur véritable adresse en Irlande. Soit les pays concernés ne demandent pas de détails aux femmes, profitant ainsi de qu'on appelle ici désormais le "tourisme de l'avortement".

"Les enfants sont la principale raison pour l'absence des femmes dans la société irlandaise". La femme qui prononce cette phrase, lors du Forum, est la sénatrice indépendante Ivana Bacik.

Selon elle, le manque de modes de garde et la quasi-inexistence dans la loi irlandaise des droits des pères enferment les femmes chez elles, loin du monde du travail. Ici, l'école est obligatoire à 5 ans. Avant cet âge, les parents n'ont d'autre choix que de payer quelque 1.000 euros par mois pour une crèche privée. Ou de décider que la mère restera à la maison.

En Irlande, les femmes ne sont toujours qu'à peine 60 p.cent à travailler. Jusqu'en 2005, elles n'étaient qu'à peine 40 p.cent. Avec la crise économique, ce taux va sans aucun doute reculer ramenant les Irlandaises au rôle qui leur a été réservé par la Constitution ultra-conservatrice de 1937, toujours en vigueur : Le rôle premier des femmes mariées est d'enfanter et de garder le foyer.

La Constitution irlandaise ne donne aux femmes sans enfant qu'un statut d'adolescentes. Il faut rappeler que jusqu'en 1972 - date de l'entrée de l'Irlande dans l'Union européenne - les femmes fonctionnaires de l'Etat avaient l'obligation de démissionner quand elles se mariaient.

Les femmes irlandaises ont toujours, en 2008 comme en 2010, un problème d'image et d'estime de soi. Elles connaissent l'un des taux les plus élevés d'Europe en matière d'auto-mutilation.

lundi 31 mai 2010

Trois Irlandaises devant la Cour européenne pour le droit à l'avortement

En septembre 2009, trois femmes - dont les noms sont gardés secrets - ont osé défier l'Etat et la société irlandaise sur la question du droit à l'avortement. Un grand pas pour toutes les Irlandaises.

Les avocates des trois femmes comparaissaient en audience spéciale devant les 17 juges européens pour tenter de les convaincre du fait que toutes les trois avaient usé de tous les moyens légaux à leur disposition, avant d'en appeler à la Cour européenne.

Le jugement rendu par la Cour - présidée par le juge français Jean-Paul Costa - aura, à n'en pas douter, un sérieux impact sur la législation irlandaise en matière de droit à l'avortement.

Les trois Irlandaises - qui ne comparaissaient pas physiquement devant la Cour - ont affirmé que leurs droits humains ont été violés par l'Etat irlandais, qui les a obligées à voyager jusqu'en Grande-Bretagne afin de mettre fin à une grossesse qui mettait leur santé physique et mentale en danger.

La loi irlandaise prévoit pourtant le recours exceptionnel à l'avortement thérapeutique dans ces deux cas - après de longues et difficiles luttes des mouvements pro-choice et grâce à l'influence des lois européennes.

Les trois Irlandaises ont affirmé qu'elles ont subi une violation de leurs droits car leurs cas n'entraient pas dans les conditions prévues par la loi. L'une risquait de développer une grossesse extra-utérine, l'autre suivait une chimiothérapie et la dernière craignait ne jamais revoir ces enfants placés en foyer d'accueil si un autre bébé arrivait.

La décision de la Cour européenne est attendue en Irlande avec un mélange d'impatience et de curiosité. Jugement rendu fin 2010.

mercredi 26 mai 2010

Tinselitis, le groupe irlandais de New York, vous connaissez ?







Pour les accros :

http://www.irishvox.com/tinselitis.html

mardi 25 mai 2010

Irlandais - le peuple migrant

Quand les Irlandais partaient, chassés de leur île par la faim, la misère et les discriminations.





Quand les Irlandais bâtissaient d'autres pays, fondaient d'autres cultures et d'autres mondes.




Ellis Island, l'arrivée tant espérée et tant redoutée. Film de Thomas Edison (1903)


vendredi 21 mai 2010

The Divine Comedy - Neil Hannon chante en avant-première



Le nouvel album de The Divine Comedy "Bang Goes the Knighthood" sortira le 28 mai 2010. Neil Hannon donne le ton en avant-première.

mercredi 19 mai 2010

Le dernier livre de Nuala O'Faolain



Nuala O'Faolain l'avait déclaré à la radio nationale RTE, par un triste matin de mars 2008 : elle refuserait tout traitement. Son cancer était en phase terminale et elle lançait sur les ondes son ultime message : laissez-moi finir de vivre comme j'ai toujours vécu. Libre.

Elle est morte à Dublin le 9 mai 2008 âgée de 68 ans. Son dernier livre a été publié en français chez Sabine Wespieser en août 2008. Il fait figure de testament.



Fille d'un journaliste célèbre du Irish Times, Nuala O'Faolain commence sa carrière en écrivant des chroniques pour le même journal. En 1996, on lui demande d'écrire une préface pour une édition rassemblant toutes les chroniques qu'elle y a écrites. C'est le début d'un roman autobiographique traduit en français en 2002 et publié chez Sabine Wespieser. Are You Somebody ? (On s'est déjà vu quelquepart ?) sera le premier livre d'une série où Nuala O'Faolain parle de ses expériences, de la vie en général, et de la sienne en particulier - en Irlande et à New York, sa ville d'adoption.

Ses trois premiers livres ont été longtemps en tête de la liste du New-York Times Best-Sellers. Le New-York Times a d'ailleurs publié un article nécrologique à sa mort où son premier livre est comparé au Angela's Ashes de Frank McCourt.




Nuala O'Faolain était une femme libre, née dans un pays et à une époque où les femmes ne devaient pas l'être. Elle décrit dans ses livres sa mère alcoolique à force de désespérance, son père toujours absent, ses propres amours hétéro- et homosexuels, ses liaisons avec des hommes mariés. Elle décrit une société irlandaise piégée par son propre système. Et parle des Etats-Unis comme d'un ballon d'oxygène.



Nuala O'Faolain était libre. A l'écoute des autres. Elle répondait à toutes les lettres, donnait son adresse personnelle sans difficulté. Elle était là. Pour tous.

Le dernier livre de cette série, Best Love Rosie, a été terminé peu de temps avant le décès de son auteur. Le thème central tourne autour de la vieillesse : comment l'aborder et, surtout, comment vieillir ? Le récit se partage entre l'Irlande, son pays de coeur et les Etats-Unis, son cher pays des libertés.

mercredi 12 mai 2010

Parlez-vous gaeilge ?



Un petit gars de 5 ans tout juste, qui se plante devant vous, dans la rue et commence à chanter une jolie comptine... dans une langue totalement inconnue, ça interpelle. La chanson est bien jolie et le petit, tout à sa joie, la reprend à plein poumon. Quant à savoir ce qu'elle raconte...

La comptime est en gaélique et le gamin commence à vous la traduire, du haut de ses 5 années.

Qu'est-ce que le gaeilge - langue aux sonorités rauques et au rythme étrange ? C'est d'abord la première langue officielle de la République d'Irlande. La première langue du peuple irlandais : l'irlandais - ou le gaélique comme certains l'appellent. La deuxième langue officielle est l'anglais - pragmatisme irlandais oblige.

Remise à la mode depuis peu par une série télévisée, la langue gaélique a été propulsée sous les feux de la rampe par l'élection, à la tête de son parti politique, du futur Premier ministre d'Irlande. Brian Cowen a surpris son monde en répondant dans la même langue à des journalistes qui l'interviewaient en irlandais. Et sans hésitations.

Il faut toutefois se rappeler que des habitants s'expriment toujours dans leur langue natale - le gaélique. Ainsi un médecin se souvient de ses premières années de médecine à Dublin où, devant soigner un homme d'une cinquantaine d'années, il avait d'abord pensé avoir affaire à un simple d'esprit. Avant de s'apercevoir que l'homme était plus à l'aise, pour décrire les symptômes de son mal, en irlandais qu'en anglais.

Par ailleurs, les personnes plus âgées, scolarisées à une époque où l'irlandais était la seule langue officielle d'Irlande, sont toujours capables de converser entre elles, en gaélique. Au grand dam des plus jeunes.

L'irlandais est devenu langue de travail officielle de l'Union européenne en 2005. Moins de 2 p.cent des Irlandais l'utilisent dans leur vie quotidienne - bien que son enseignement soit obligatoire dans les écoles de la République.

Et même si la langue gaélique reste indispensable pour qui veut devenir fonctionnaire de l'Etat, elle est de plus en plus concurrencée par l'anglais qui, petit à petit, la grignote. Jusqu'à la faire disparaître presque complètement dans des régions comme Dublin et ses alentours.





Mais la résistance s'organise. La langue gaélique a désormais son Digital Humanities Observatory. L'Etat irlandais a décidé d'aider l'institution universitaire à hauteur de 28 millions d'euros. La décision a été prise juste avant la publication des restrictions drastiques du Budget pour 2009.

Son objectif sera de numériser tous documents audio ou vidéo enregistrés au début du XXe siècle dans les régions d'Irlande parlant gaélique. Les chercheurs s'appuieront en grande partie sur les travaux d'un scientifique allemand, le Dr Wilhelm Doegen, qui parcourut l'Irlande de 1928 à 1931, enregistrant la population des comtés de Munster, Ulster et Connacht. Selon les universitaires du Digital Humanities Observatory, les personnes enregistrées par le Dr Doegen utilisaient toujours l'irlandais parlé pendant la Grande Famine (milieu du XIXe siècle).



Actuellement, sur 4,2 millions d'habitant en République d'Irlande, seules 70.000 personnes admettent parler irlandais dans leur vie quotidienne - bien que l'enseignement de la langue gaélique soit obligatoire dès l'école primaire. De récents sondages ont montré que moins de 5 p.cent de la population pouvait effectivement parler irlandais. Et plus des deux tiers disent ne jamais l'utiliser dans la vie courante.



Bien sûr, il faut distinguer les régions dites Gaeltacht [prononcer guel-taukt], situées dans l'Ouest et le Nord de l'Irlande où 45 p.cent de la population parle toujours en gaélique.

Le voyageur égaré au Connemara pourra en témoigner : se retrouver seul au milieu d'un dédale de petites routes, dans une campagne désertique, face à une succession de panneaux indicateurs écrits seulement en gaélique est une expérience dont on se souvient. Il pourra toujours se réconforter dans un pub où il peut avoir la chance d'écouter un chant en gaélique.

mardi 11 mai 2010

La Grande Famine - à la télévision irlandaise




Oubliez les titres en anglais et profitez de ce film Pathé de 1905 montrant l'Irlande de l'Ouest - quelque 60 ans après la Grande Famine.



Il n'est pas si courant que l'on se souvienne de la Grande Famine en Irlande. Ou plutôt si, on s'en souvient mais on n'en parle pas. La douleur est encore trop vive dans bien des familles.

Lundi 8 septembre 2009, la télévision nationale irlandaise (RTE) a diffusé une émission qui a fait l'effet d'un électrochoc. Avec son titre "Où était votre famille pendant la Grande Famine ?", chacun s'est senti pointé du doigt.



Trois figures connues des Irlandais étaient les invités. Face à eux, une batterie de chercheurs et de généalogistes. Au journaliste John Waters, on a tendu l'acte de décès d'un enfant trouvé mort de faim dans un marécage de l'Ouest de l'Irlande.

C'était le frère de son arrière-grand-père."La mort de cet enfant est un crime majeur, qui a été multiplié par 1 million [pendant la Grande Famine]", s'est-il écrié, la gorge nouée. Avant de rappeler les conditions de survie dans les fameuses workhouses, mises en place dans l'urgence par le gouvernement anglais, où les enfants agonisaient à même le sol tandis que leurs parents tentaient de "travailler" dans la pièce voisine.



L'émotion était palpable dans le studio de télévision. L'un des invités, un économiste, s'est entendu dire que sa famille avait, elle, plutôt bien franchi le cap difficile de cette fin de 19e siècle en Irlande en se retrouvant avec 20 maisons au siècle suivant.



Entre 1845 et 1851, 1 million d'Irlandais sont morts de faim et 2 millions ont préféré partir vers l'Amérique à bord des sinistres coffin ships, les "bateaux-cercueils" où nombre d'entre eux ont trouvé la mort.



L'Irlande est passé de 8 à 5 millions de personnes en 6 ans. L'émigration a continué, quant à elle, jusque dans les années 1911. A ce moment, l'Irlande ne compte plus que 4 millions d'habitants.



Les Irlandais de l'"Irlande moderne" préfèrent souvent oublier cette époque. Et semblent ne pas vouloir se souvenir des causes - peut-être trop liées à leurs voisins britanniques.



Mais les participants de l'émission ont insisté. Tout y est passé : Cromwell découpant les terres irlandaises de telle sorte qu'il était impossible d'y survivre ; les landlords anglais ravis de l'occasion ainsi donnée de racheter ces terres pour rien ; le mildiou attaquant les maigres récoltes de pommes de terre.

Aucun détail n'a été épargné. Pas même le fait que les Anglais ont continué d'exporter de la nourriture vers l'Angleterre alors que les paysans irlandais mouraient sous leurs yeux.

Et surtout pas le fait que l'armée britannique de l'époque possédait le stock de nourriture le plus important d'Europe - et que cette aide a été refusée aux Irlandais.

mercredi 5 mai 2010

TK Maxx - la folie de ces dames

Connaissez-vous TK Maxx ? Son concept ? Son succès ? Les Américaines, les Anglaises, les Irlandaises et, maintenant, les Allemandes en sont folles. TK Maxx, c'est la folie. Toutes les fashion victims, les shopaholic s'y précipitent - et toutes les autres. Même les hommes.





Un magasin TK Maxx, ça ne paie pas de mine. Ca a plutôt l'air d'un grand entrepôt. Avec les grandes lettres rouges bien connues au dessus-de la porte : TK Maxx.

A peine les battants poussés, on est immédiatement happés par un tourbillon d'air surchauffé, de lumières blafardes, de femmes affolées courant en tous sens et des dizaines, des centaines de portants. Des portants à perte de vue. Et sur ces portants : des trésors.

Une jeune femme essouflée passe en brandissant son panier TK Maxx comme un bouclier et hurle hystérique : "Un Moschino ! J'y crois pas. Un Moschino !". "Combien ?" demande sa copine froidement. "30 euros !"

Plus loin au bout du rail au Moschino, un pantalon de soirée griffé Valentino attend avec son étiquette marquée 60 euros. Après examen attentif, le prix d'origine est toujours accroché au Valentino : 520 euros.

C'est ça, la folie TK Maxx. Des costumes Ted Baker, Balmain ou Armani, des robes Chloé, Nicole Farhi, French Connection ou Dior.

Des parfums Van Cleef & Arpel, Guerlain ou Rochas, des écharpes Burberry en pure cashmere. Des sacs Gucci ou Mandarina Duck, des pulls Paul Smith. Des jeans DKNY ou Dolce & Gabbana.

Et tout ça pour des prix qui vont de 20 à 60 euros. Parfois, on peut monter jusqu'à 100 euros quand, vraiment, c'est une grosse prise.

Comment font-ils ? Qui sont-ils ? On se pose tous la question. Et on oublie la question, une fois engloutis dans la frénésie TK Maxx.

TK Maxx est la filiale de la maison-mère américaine TJ Maxx, fondée en 1976 par une famille de commerçants, établie aux Etats-Unis dès la fin du XIXe siècle. La famille est actuellement à la tête de 847 magasins sur le territoire américain et au Canada.

En 1994, les TJ Maxx lancent l'expérience en Grande-Bretagne puis en Irlande. Le succès est foudroyant.

Les TJ Maxx veulent aller plus avant en mettant un pied sur le continent européen : En 2007, leurs premiers magasins ont été ouverts en Allemagne.

Leur réseaux de private shoppers courent le monde à la recherche de contacts, de jeunes designers et de magasins à déstocker.

Grâce à leur pêche miraculeuse, les plus grands noms côtoient ceux de jeunes créateurs, pour la plupart américains. Des griffes italiennes ou anglaises partagent les mêmes présentoirs que les grands noms de Paris ou de New York.

Ils ramènent aussi dans leurs filets du linge de maison signé Jalla, Delorme ou Bedeck. Des draps et des nappes de chez Sanderson, des flots de serviettes en pur coton d'Egypte et des boutis aux couleurs fraîches.

TK Maxx, c'est tout ça.

Mais ça peut aussi devenir un cauchemar - le piège des cartes bancaires. L'enfer des comptes en banque.

mardi 4 mai 2010

Violence domestique et récession

La crise économique et financière que traverse actuellement l'Irlande a un impact certain sur la vie des femmes de ce pays. Selon deux études publiées en octobre 2009 par Safe Ireland, un organisme qui lutte contre la violence domestique à travers tout le pays, les violences domestiques faites aux femmes ont augmenté de 21 p.cent en 2008, comparé à 2007.

Malgré les coupes budgétaires drastiques imposées par le gouvernement irlandais pour contrer la récession dans le pays, 1.947 femmes et 3.269 enfants ont été accueillis dans les refuges des services d'aide contre la violence domestique, en 2008.

Chaque année, 5.000 femmes frappent aux portes des refuges de Safe Ireland - l'Irlande compte un peu plus de 4 millions d'habitants. Une responsable de Safe Ireland précise : "Cela représente 11 femmes et 9 enfants qui cherchent refuge chez nous, toutes les heures".

Pour Safe Ireland, ces chiffres ne représentent que la partie visible d'un iceberg qui ne peut que grossir dans les années qui viennent. La crise économique va accentuer la dépendance financière des Irlandaises - qui ont déjà eu beaucoup de mal à pouvoir investir le monde du travail durant les années glorieuses du Tigre celtique.

En 2008, en raison des restrictions budgétaires, 1.722 femmes n'ont pu trouver de places dans ces refuges et se sont retrouvées à la rue. Cette année, on parle de coupes allant jusqu'à 30 p.cent dans le budget de certains services de lutte contre la violence domestique.

Avec un taux de chômage qui risque bien d'atteindre les 14 p.cent en 2010, la crise bancaire et financière qui n'en finit pas, les coupes budgétaires tous azimuts et l'émigration qui repart comme par le passé, les Irlandaises se retrouvent en première ligne pour affronter les conséquences d'une gestion de crise sans précédent par un gouvernement dépassé.

mardi 27 avril 2010

L'Irlande et les femmes


Joanne Hayes, à droite


Un groupe d'hommes, certains portant des perruques d'un autre âge, d'autres des blouses blanches doctorales, et parfois même un uniforme, se sont tenus pendant six mois, raides dans leurs certitudes, devant une jeune femme de 20 ans - célibataire.

Pendant six mois, ils lui ont demandé comment, où et avec qui elle avait conçu son bébé - mort à la naissance. Le père de l'enfant n'a jamais été interrogé - c'était un homme marié.

Pendant six mois, ces hommes ont décortiqué, en public, non seulement la vie de cette jeune femme mais aussi son corps et sa tête.

L'un a décrit son vagin, l'autre a expliqué qu'elle avait pu avoir conçu des jumeaux, avec deux hommes différents, dans un délai de 24 heures.

Quand la jeune femme s'est évanouie devant ses juges, on lui a juste permis de prendre des sédatifs pour pouvoir répondre à encore plus de questions - des questions plus précises. Elle y a répondu, avec la tête qui tombait règulièrement sur le micro du tribunal.

C'était en Irlande. L'Irlande de 1985. Le pape Jean Paul II avait fait sa première visite officielle dans le très catholique pays en 1979. Le pays tout entier s'en réjouissait encore. La femme s'appelait Joanne Hayes.

On venait de trouver le corps de deux nouveaux-nés dans le Kerry. Comme cela arrivait, de temps en temps, dans l'Irlande d'alors : Grossesses cachées, mères célibataires, accouchements solitaires.

On a soupçonné Joanne Hayes d'être la mère des deux bébés - même si les tests sanguins prouvaient qu'elle ne pouvait être la mère que d'un seul.

Joanne Hayes est devenue un symbole pour les femmes irlandaises. Le pays était sous le choc. Il venait juste de sortir de décennies sombres, marquées par la poigne de fer de l'Eglise catholique.

Joanne Hayes a servi de détonateur. Et le pays a commencé à se réveiller.

Avec l'accession de l'Irlande à la communauté européenne en 1973, les femmes mariées irlandaises ont enfin pu envisager de travailler - ce qui leur était interdit jusque-là. En 1975, c'est chose faite - même si elles ne sont que 10 p.cent à le faire.

Fin des années 1980, la contraception (on parle de préservatifs, pas encore de pilule) était autorisée pour toutes - et non plus seulement pour les femmes mariées, sous certaines conditions.

Après l'affaire Joanne Hayes (1985) les enfants dits illégitimes n'étaient plus catalogués légalement comme "bâtards" et, dans la foulée, l'homosexualité n'était plus un crime.

Enfin, en 1992, l'avortement est envisagé en cas de risque pour la vie de la mère - mais seulement autorisé par la loi à être pratiqué à l'étranger.

En 1996, le divorce est légalement admis - mais sous strictes conditions.

L'ordalie de Joanne aura servi à sortir un pays de sa torpeur - doucement. L'Irlande a enfin commencé à ouvrir les yeux.