lundi 29 novembre 2010

Moi, survivant du Tigre celtique


Un écrivain irlandais maudit installé à Berlin témoigne sur son époque Tigre celtique. Ils étaient peu nombreux à avoir compris - et ils ont préféré partir... ou se taire.

Un article paru dans le Times du 26 novembre - et traduit par Presseurop :



L’écrivain irlandais Julian Gough a traversé les années du Tigre celtique en ne vivant guère que d’amour et d’eau fraîche. Il est aujourd’hui installé à Berlin, et voici le récit de son existence à l’époque, lui qui était sceptique (et fauché) tandis que le reste du pays basculait dans la fièvre immobilière qui a fini par le ruiner.

"En Irlande, du temps de la prospérité, il fallait vraiment travailler dur pour éviter de gagner de l’argent. J’y suis arrivé en devenant auteur de romans impopulaires. Ma moitié, elle, y est parvenue en devenant artiste. Nos amis faisaient du fric, nous faisions de l’art. C’était parfait. Après tout, un écrivain irlandais a le devoir sacré d’être en décalage complet avec son pays.

Mais passé l’an 2000, ce qui avait été un boom incontestable s’est transformé en bulle immobilière qui a fait perdre aux gens le sens des réalités. Très vite, le Irish Times s’est retrouvé affublé d’un supplément d’annonces immobilières plus épais que lui. Mes amis ont commencé à acheter des maisons toujours plus chères. La dette a explosé, mais les médias préféraient parler de prospérité.

Le seul journaliste financier irlandais à analyser clairement le phénomène fut David McWilliams. L’économiste Morgan Kelly écrivit un article étonnant où il disséquait toutes les bulles immobilières de l’histoire. L’Irlande avait fait tout ce qu’il ne fallait pas, au centuple. Le pays était totalement plumé. Je l’ai envoyé à tous mes amis. Je vivais encore à Galway, dans l’ouest, alors qu’eux tous s’étaient installés à Dublin, cœur palpitant du Tigre celte.

Ils n’ont rien voulu savoir. J’avais tort. Après tout, ils ne cessaient de s’enrichir pendant que moi, j’étais chaque jour un peu plus pauvre. La nation entière s’était pris une cuite, et parler de bulle pouvait susciter des réactions agressives.

Bertie Ahern, le Premier ministre irlandais de l’époque, fit un discours télévisé où il attaqua les gens comme Kelly et McWilliams qu’il accusa de “rester sur la touche à pester et à geindre … Je ne sais pas comment les gens qui font ça ne finissent pas par se suicider.” La foule rit et applaudit.

Le champagne coulait comme de la bière

Pendant ce temps, nos amis ont commencé à avoir des enfants, et à déménager dans de plus grandes maisons. Mais ils gardaient leurs maisons précédentes. J’étais perplexe. L’investissement ne suit-il pas deux règles d’or ? Il faut diversifier son portefeuille, et ne pas emprunter pour spéculer ? Or, les banques irlandaises s’étaient mises à conseiller au salarié lambda de jouer à quitte ou double en contractant deux énormes hypothèques.

En Irlande, une conversation sur deux portait désormais sur l’immobilier. Les gens prenaient leur weekend pour aller acheter des appartements en Bulgarie. Dans la vitrine de notre agent immobilier local, on trouvait des publicités pour des logements au Portugal. Mais mes amis ne me parlaient plus d’immobilier, ni de bulle, et ils s’énervaient quand j’évoquais le sujet. Du reste, nous ne nous fréquentions plus tant que ça.

Peu à peu, j’ai eu la sensation d’être comme un passager de troisième classe sur le Titanic, qui a vu l’iceberg ouvrir une brèche tout le long de la coque et qui vient de courir à l’étage jusqu’à la salle de bal pour donner l’alerte … et tout le monde continue à danser pendant que le brave homme est poliment raccompagné à l’extérieur. Parce qu’à ce moment-là en Irlande, si vous n’étiez pas propriétaire et que vous ne gagniez pas d’argent, vous étiez en troisième classe.

Les loyers, les prix, la consommation de cocaïne … tout faisait des bulles qui enflaient en moussant. Un soir, dans l’hôtel de Bono, ma compagne et moi avons eu une révélation en regardant nos amis commander négligemment des bouteilles de champagne médiocre à 90 euros pièce comme ils consommaient autrefois des bières. Quelqu’un a lancé : “Bah, on n’aura qu’à partager à la fin.”

Mon aimée et moi nous sommes regardés. A nous deux, nous avions dix euros, et nous avions prévu de faire durer notre eau gazeuse toute la soirée. Nous étions en retard pour le loyer. Nous avons présenté nos excuses, leur avons laissé nos dix euros, et nous sommes partis. L’Irlande était devenue une nation de propriétaires sans même s’en apercevoir. Et nous n’étions que des locataires.

L'ascension sans fin des prix de l'immobilier

J’ai terminé mon étrange roman sur l’Irlande moderne. Les méchants étaient un promoteur immobilier et un ancien Premier ministre. On peut s’en douter, aucun éditeur n’en a voulu. Ce livre était tout simplement absurde ! Les prix de l’immobilier avaient triplé en dix ans. Nous étions riches. L’histoire était finie, l’Irlande avait gagné, merci de la fermer.

Peu après avoir essuyé ses refus, nous nous sommes trouvés à court d’argent, notre fille est née et nous avons été expulsés le jour du Nouvel An 2006. Notre propriétaire, tigresse celte, était quelqu’un de charmant, mais elle avait pris une double hypothèque sur la maison pour acheter d’autres logements. Elle ne pouvait se permettre de baisser le loyer ; déjà, ce dernier était loin de suffire à couvrir l’hypothèque. Mais peu importait, puisque les prix de l’immobilier étaient voués à une ascension sans fin.

Nous avions encore quelques bons amis, même si nous ne les voyions jamais. Un couple qui travaillait dans la banque nous a trouvé une maison à Dublin dont le loyer était deux fois moindre que le prix du marché. Mais la prospérité continuait de prospérer, et bien vite, nous n’avons même plus été en mesure de payer la moitié d’un loyer irlandais.

L’amie d’un ami, à Los Angeles, nous a proposé sa maison, dans un village en France, sans loyer à payer. Nous avons émigré pour 50 cents chacun à bord de Ryanair. Nous avons pris deux sacs à dos, tout ce qu’une marmite contenait comme objets de valeur, et un ordinateur portable. En Irlande, nous avions traversé les années de misère et de chômage, mais nous n’avions pas pu survivre au boom.

La maison était minuscule, adorable, et à quatre kilomètres de la boutique la plus proche. Nous y allions avec la poussette, à travers des champs de lavande et de blé. Tandis qu’en Irlande, la prospérité atteignait son paroxysme, nous, fauchés que nous étions, nous chantions et savourions des pique-niques sous un chêne. Puis un éditeur a acheté mon livre.

Nous nous sommes déniché un foyer parmi tous les autres artistes sans le sou qui gravitent à Berlin, ville ruinée, bon marché. Un fonctionnaire a épluché nos déclarations irlandaises de revenus. Notre revenu se situait très, très en dessous du salaire minimum ; en dessous des allocations chômage. Il a sifflé et a dit : “Sie leben auf Liebe und Luft.” Vous vivez d’amour et d’eau fraîche.

Ils étaient condamnés mais ne le savaient pas


Un an plus tard, j’ai remporté le BBC National Award pour une nouvelle télescopant le Fianna Fáil, le parti au pouvoir en Irlande, et Le magicien d’Oz. Les gens pensaient qu’il s’agissait d’une comédie. On m’a invité à participer au plus grand talk show d’Irlande. Une limousine surdimensionnée est venue nous chercher à l’aéroport et nous a déposés dans un hôtel cinq étoiles flambant neuf, construit grâce à des allègements fiscaux par des promoteurs partisans du Fianna Fáil.

Ce soir-là, quand on m’a demandé pourquoi j’avais quitté l’Irlande, le petit pays le plus riche d’Europe, j’ai raconté l’histoire ci-dessus. Et j’ai ajouté que le boom sur l’immobilier était factice. Que c’était comme si j’assistais au déferlement d’une étrange religion sur toute la nation, comme si les gens montraient des maisons et disaient : "Vous voyez cette maison ? Elle vaut cinq millions d’euros.” Sauf qu’elle ne les valait pas, ai-je conclu.

Et, dans le silence glacial du studio, j’ai compris qu’ici, tout le monde avait investi dans l’immobilier et prévoyait d’investir encore. Que tous avaient hypothéqué leur logement pour acheter à leurs enfants une maison qui, bientôt, ne vaudrait pratiquement rien. Ils étaient condamnés mais ne le savaient pas. Un quart de la population me fixait. Je crois que jamais je ne me suis senti aussi seul.

Il m’arrive de revenir au pays à quelques reprises dans l’année, et j’y retrouve mes amis, à chaque fois dans un restaurant de moins en moins cher. Moi, je suis toujours fauché, mais maintenant, au moins, je peux payer ma part de l’addition. Et nous ne parlons toujours pas d’immobilier."

mardi 23 novembre 2010

Plus ça change... plus c'est pareil !



Paul Brady a écrit cette chanson en 1981, à une époque où le taux de chômage atteignait 19 p.cent de la population irlandaise.

A une époque où les Irlandais n'avaient d'autres choix que de s'exiler pour survivre - toutes générations confondues.

Le Tigre celtique n'est plus... Les Irlandais retrouvent le chemin de l'exil. Ils ont déjà commencé à partir. Plus ça change... plus c'est pareil !

NB : Merci à James de Paris.

lundi 15 novembre 2010

Crise ? Qu'ils mangent du fromage !



C'est la crise ? Le budget d'austérité (dévoilé en décembre) sera terrifiant ? Qu'importe ! Les Irlandais pourront toujours manger du fromage - irlandais, bien sûr.

C'est ce qu'a fièrement claironné, la semaine dernière, le gouvernement irlandais en annonçant qu'une cinquantaine de tonnes de cheddar irlandais sera distribuée, pour Noél, aux plus démunis.

"Free cheese for the needy", a ainsi triomphé le ministre de l'Agriculture, Brendan Smith, alors qu'il refusait d'annoncer la date de publication du plan d'austérité - qui doit s'étaler sur quatre ans.

Selon le Irish Times, le gouvernement retarderait cette publication en raison de l'élection législative partielle du 25 novembre. Mais ce n'est, of course, qu'une supposition.

L'Irlande, dont le déficit atteindra cette année 32 p.cent du PIB grâce au programme de renflouement des banques, prévoit six milliards d'euros de réductions de dépenses et de hausse d'impôts dans le budget 2011. Le gouvernement irlandais veut ainsi ramener le déficit public à environ 9,5 p.cent du PIB.

En résumé, les Irlandais n'ont pas à se plaindre puisqu'ils auront toujours du cheddar pour Noél.

Comme le Irish Times le souligne, quelqu'un, au gouvernement, a donc pensé, d'un seul coup d'un seul, que, bon sang mais c'est bien sûr... Marie-Antoinette ! "Jesus... cheesus... cheeses... cheese... that’s it. Cheese! Let them eat cheese!"

Et la journaliste du Irish Times de conclure : "Et s'il y avait eu aussi du vin gratuit dans la distribution - ce qu'il n'y a pas - l'expert "vin" du Irish Times vous aurait recommandé un verre de chateauneuf-du-pape pour accompagner votre cheddar Coalition."

vendredi 5 novembre 2010

Qualité de la vie en Irlande : 5e rang mondial

Depuis 1990, le Rapport sur le développement humain conduit sous l'égide des Nations Unies, publie l'Indice de développement humain (IDH), alternative aux mesures conventionnelles de développement - telles que le niveau de revenus et le taux de croissance économique.

L'IDH est une définition plus large du bien-être et fournit une mesure avec trois dimensions de base du développement humain : la santé, l'éducation et le revenu.

Ainsi, en 2010, l'Irlande se range en 5e position dans le classement mondial conduit par les Nations Unies.

L'Irlande arrive juste après la Norvège, l'Australie, la Nouvelle Zélande et les Etats-Unis pour la qualité de la vie. La France arrive en 14e position.

L'IDH de l'Irlande est 0.895. Les tendances de l'IDH dressent un tableau important aux niveaux national et régional et soulignent les écarts en matière de bien-être et de potentialités.

Cependant, l'Irlande ne brille guère en ce qui concerne l'égalité des genres pour laquelle elle ne se montre qu'en 29e position.

Mais, les Irlandais seront heureux d'apprendre que leur pays est toujours vu comme un endroit où il fait bon vivre.

Surtout après l'annonce, hier soir, d'un nouveau budget qui prévoit d'économiser non pas 2, non pas 4 mais bien 6 milliards d'euros cette année.

Mais tous les espoirs sont permis : selon le dernier rapport de la Banque mondiale, l'Irlande se place toujours au 9e rang des 183 pays de son classement pour l'investissement des entreprises.

Haut les coeurs !

Site web du Développement Humain des Nations unies : UNDP

mardi 2 novembre 2010

Grèves de France vues d'Irlande

Les grèves en France sont et resteront toujours un mystère pour la plupart des Irlandais.

Les grands medias de la République s'efforcent d'en rendre compte en toute impartialité mais, parfois, leurs chroniqueurs laissent échapper une opinion que la grande majorité de leurs concitoyens partagent - et avec eux une partie des Anglo-Saxons de par le monde.

Ainsi, le Sunday Business Post a publié, ce week end, une chronique de Jennifer O'Connell dans laquelle elle décrit les grèves françaises comme de simples manifestations d'émotions et de theâtralité. Des manifestations qui prennent l'allure, chez certains dit-elle, d'une addiction.


Elle poursuit en rappelant que chaque jour de grève coûte au pays plusieurs millions d'euros et finit par se demander si le résultat en vaut bien la chandelle.

Sa conclusion : les Irlandais ont bien raison de ne pas suivre cet exemple et ont bien assez à faire avec le remboursement des dettes de leurs banques et de celle de l'Etat !

Une conclusion somme toute assez "irlandaise"...

lundi 1 novembre 2010

Test de paternité

Un laboratoire de tests génétiques basé à Dublin, le Ormond Quay Paternity Services (OQPS), a révélé, en mars 2008, que le nombre de demandes de tests en paternité explosait en République d'Irlande. Et la tendance ne s'est pas inversée, bien au contraire.

Selon le OQPS, le nombre de tests a augmenté de 80 % au cours des trois premiers mois de l'année 2008, comparé avec les mêmes mois de l'année 2007.

Les chiffres publiés ont révélé jusqu'à 35 % de tests négatifs. Un père sur trois n'est donc pas le père biologique.

Le OQPS a tenté d'expliquer ces résultats par la culture - poussée loin dans ses limites - du "binge drinking" .

Un phénomène qui fait des ravages en Irlande et en Grande-Bretagne chez les adolescents et jeunes adultes - phénomène qui semble d'ailleurs gagner maintenant la France.

Ingurgiter le plus d'alcool possible en un minimum de temps, dans le seul but d'être ivre-mort, est devenu le must pour une jeunesse (peut-être) un peu perdue.

Et les filles ne sont pas en reste. En une soirée, elles peuvent boire plus de quatre verres de vodka, whisky et/ou autre alcool fort. Sans oublier les pintes de Guinness.

Les conséquences peuvent parfois être dramatiques : viols, violences, comas éthylique.

Et parfois surprenantes : un ou une partenaire dont on ne se souvient pas, une fois les effets de l'alcool dissipés.

Et neuf mois plus tard, un rendez-vous pour un test de paternité.

vendredi 22 octobre 2010

Collection Sean Sexton : l'Irlande en photos de 1850 à 1945

Une exposition de photographies anciennes se tient actuellement au Musée de la photographie, à Dublin.

Le collectionneur irlandais Sean Sexton y présente une partie de sa splendide collection de photos - dont les plus anciennes remontent aux années 1850.

L'Irlande d'avant le boom immobilier et financier, d'avant les années fastes, nous regarde, émergeant d'un passé pas si lointain.

Et on peut entrevoir, peut-être, grâce à ces quelques clichés présentés ici, les racines de la folie collective qui a emporté les Irlandais dans un tourbillon de consommation effrénée, pendant un peu plus de dix ans - les années folles du Tigre celtique.



Laboureur irlandais - vers 1855


Ouvrier irlandais vers 1900

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Expulsion de fermiers - county Donegal vers 1881. Les expulsions survenaient suite aux impayés des fermiers qui assistaient à la destruction de leur maison par l'armée.




Agents du duc de Devonshire - vers 1853



Soldats britanniques dans une ville du county Cork - 1920




Intérieur d'une maison de Claddagh - 1930

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Enfants de Galway - 1930

dimanche 17 octobre 2010

Irlande et Irlandais - photos par Tom Szustek

Le photographe Tom Szustek, né en Pologne, fait actuellement un travail remarquable sur l'Irlande - la vraie, celle dont on avait oublié un peu vite l'existence, éblouis que nous étions tous devant les paillettes jetées aux yeux du monde par les "nouveaux riches" (en français dans le texte) du Tigre celtique.

Voici quelques diaporamas de cet artiste - qui a déjà illustré mon post précédent :

Les Liberties - Dublin

Irlande

Samedi soir à Temple Bar - Dublin

Marché irlandais

lundi 11 octobre 2010

L'Irlande en crise et en images

La crise économique et financière en Irlande, tout le monde connaît maintenant. Cela en fait sourire certains. D'autres compatissent. Et les Irlandais paient les pots cassés - par les financiers, les investisseurs et les banques.

Irlande en crise

Près d'un demi-million de chômeurs, depuis le début de la crise en 2007, sur une population d'à peine 4 millions d'habitants : près d'un actif sur 7. Les budgets d'austérité qui se succèdent, les taxes qui augmentent (on parle d'une TVA à plus de 21 p.cent sur tous les produits), les allocations familiales et indemnités chômage qui se réduisent comme peau de chagrin, les Irlandais sont à la peine - et cela commence à se voir.

Ils sont de plus en plus nombreux à ne plus renouveler leur contrats d'assurance-santé privée - qui reste indispensable dans un pays où l'Etat ne rembourse que la portion plus que congrue des frais médicaux.

La plupart d'entre eux se retrouvent piégés par une maison ou un appartement achetés en plein boom économique - à une époque où les prix de l'immobilier explosaient littéralement.

Conséquence, après l'éclatement de la bulle immobilière irlandaise : des ménages se retrouvent à rembourser des propriétés qui ne valent même pas la moitié de la valeur du prix payé.

Sans oublier le drame des ghost estates construits par des entrepreneurs qui ont fait faillite avec la récession et dont les lots vendus sur plan ne seront jamais achevés.

La semaine dernière à Dublin, un Salon de l'Emigration a fait salle comble. Les Irlandais renouent avec leur vieille tradition et se tournent vers l'Australie, l'Afrique du Sud ou le Canada. Les travailleurs de l'Est sont déjà repartis depuis longtemps en laissant l'Irlande et son chômage loin derrière eux.

Le nouveau budget d'austérité, prévu fin décembre et soutenu par Bruxelles, qui prévoit plus de 4 milliards d'économies, fait craindre à certains cercles haut placés des "réactions sociales" - encore minoritaires dans le pays.

L'allusion même à d'éventuelles "réactions sociales" en Irlande montre combien la crise est profonde dans ce pays.

Une certaine image de l'Irlande


Diaporamas du photographe Tom Szusteck

vendredi 8 octobre 2010

Spencer Tunick et ses nus irlandais


Installation Spencer Tunick à Cork

Spencer Tunick, né en 1967 aux Etats-Unis, est maintenant connu pour ses célèbres installations de foules humaines nues posant dans un environnement urbain ou rural.

Les personnes exposées sont (heureusement) toutes volontaires et non rémunérées.

En 2008, il a posé ses objectifs en Irlande où, à sa grande surprise, les volontaires se sont déplacés en foule pour participer à cette nouvelle expérience.

Et se mettre nu en Irlande, dehors, même en juin, relève vraiment de l'exploit.

La première installation a eu lieu le 17 juin 2008 à Cork. Malgré des températures en baisse, plus de 1.000 personnes s'étaient déplacées.

Spencer Tunick s'est dit très surpris de voir autant de volontaires irlandais, hommes et femmes, se dénuder devant lui. La plupart d'entre eux s'étaient inscrits plusieurs semaines avant l'événement et n'auraient surtout pas voulu manquer un tel événement.

La deuxième installation a eu lieu à Dublin, le 21 juin. La pluie était présente, tombant en rafales. Mais tous les volontaires ont répondu présents à l'appel - sur le sable fin de la plage du sud de Dublin. Température : 12 degrés.


A Dublin

Spencer Tunick avait déjà procédé à une installation de corps nus à Lyon en 2005. Son travail l'a notamment conduit au Chili, au Mexique, à Bruges et à Barcelonne.

Website de Spencer Tunick

jeudi 30 septembre 2010

Où sont les lézards en Irlande ?


La légende veut que saint Patrick ait chassé les serpents hors des terres irlandaises lorsqu'il est venu du pays de Galles pour christianiser les contrées celtes.

Personne, ici, ne penserait à expliquer le phénomène par le manque de soleil voire de chaleur. Cette idée semblerait même totalement incongrue à tout esprit irlandais.

Mais il semblerait que le saint ait oublié dans sa chasse un autre reptile. Il s'agit même de l'unique reptile "indigène" d'Irlande : le lézard gris.

Une étude menée par le National Common Lizard avec le Irish Wild Trust, dont les résultats ont été publiés en 2008, montre que le Lacerta Vivipara (ou lézard commun) a été vu partout en République d'Irlande - sauf dans trois comtés.

La raison pour laquelle sa présence n'a pas été signalée dans ces trois comtés (Westmeath, Laois et Monaghan) semble liée au manque d'attrait touristique de ces régions , et donc au manque de marcheurs. La présence des lézards a très bien pu ne pas être remarquée.

Tout le contraire des montagnes de Wicklow qui attirent les touristes grâce à leur site de Glendalough - et les lézards grâce à leurs tourbières.

Selon Sean Meehan, qui a coordonné l'étude pour le Irish Wild Trust, les tourbières sont l'habitat préféré du lézard irlandais qui y trouverait, selon lui, assez d'espace, d'insectes et de pierrailles pour sa survie en terre celtique.

mercredi 22 septembre 2010

Match France-Irlande... 1931 ! Retour vers le futur


Rugby : France Irlande 1931
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Le véritable match France-Irlande joué... en 1931 !

France : 3 - Irlande : 0

L'Irlande passe le test des marchés

L'Irlande a passé, mardi, haut la main le test sur ses capacités à faire face à la crise économique qui ravage le pays depuis deux ans. Après les rumeurs lancées par un article du Irish Independent sur une possible demande d'aide au FMI, l'Etat irlandais s'est décidé à prouver que le pays avait toujours les capacités de réaction et de contrôle de la situation - du moins, à court terme.

L'article du Irish Independent, basé sur une note d'étude de la Barclays sur la situation irlandaise, ayant affolé les marchés financiers et répandu le doute, au sein de l'Union européenne, sur la solvabilité même de l'Etat, le Trésor irlandais a donc levé, hier, 1,5 milliard d'euros - alors même que l'Etat n'avait nul besoin d'un tel apport de liquidités dans l'immédiat. L'opération avait valeur de test dans le but évident de prouver au reste du monde que l'Irlande n'avait pas - encore - besoin de l'aide extérieure.

L'opération a été un succès. Le pays a réussi à vendre de sa dette dès l'ouverture. Mais un succès payé très cher car les taux d'intérêt se sont envolés : 6 p.cent sur 8 ans.

Après trois budgets de rigueur en deux ans, des diminutions de salaires pouvant aller jusqu'à 13 p.cent pour les fonctionnaires, des coupes claires dans les allocations familiales et les indemnités de chômage, le prix à payer pour prouver la solvabilité du pays au reste du monde est difficile à accepter pour une population déjà étranglée par la montée du chômage (13, 8 p.cent) et les mensualités des prêts immobiliers dont les intérêts n'en finissent pas d'augmenter.

Mais les spécialistes se montrent rassurant en soulignant que cette émission a suscité trois fois plus de demandes que d’offres - ce qui est un record.

Natixis souligne même que "l’Irlande reste certes fragilisée à court terme et peut encore voir ses taux augmenter, mais elle ne risque pas le défaut de paiement, car elle mène une politique budgétaire crédible et rigoureuse, avec une trajectoire drastique de réduction des déficits, qui atteignent 14 % du PIB aujourd’hui"

Il n'en reste pas moins que l'Irlande n'avait certes pas besoin de ces rumeurs déstabilisantes pour gérer au mieux le sauvetage de son économie et de ses finances, déjà torpillé par le désastre de son secteur bancaire.

mercredi 15 septembre 2010

La Fondation Mary Robinson - Climate Justice est lancée



Mary Robinson a annoncé, hier soir, le lancement d’une nouvelle fondation dont l’objectif principal sera de mettre les droits humains au centre de l’agenda sur les changements climatiques.

La Fondation se préoccupera en priorité de centrer les politiques concernant le changement climatique sur la justice, l’égalité et le développement durable. Elle s’efforcera de promouvoir dans le monde un plan de justice-climat - ou “justice climatique”.

La nouvelle fondation portera - en toute logique - le nom de Mary Robinson Foundation – Climate Justice (MRFCJ).

Mary Robinson a été la première femme présidente de la République d'Irlande - du 3 décembre 1990 au 12 septembre 1997. Elle fut ensuite Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme de 1997 à 2002.

Depuis 2007, elle fait partie du groupe des Global Elders, créé par Nelson Mandela afin de promouvoir la paix et les droits de l'homme dans le monde.

Elle est actuellement présidente de Realizing Rights : The Ethical Globalization Initiative

La Fondation Mary Robinson-Climate Justice souligne le besoin de prendre conscience, par le biais de l’éducation et la volonté politique, du nécessaire changement dans les rapports de force et de développement entre les peuples, à travers le monde.

La porte-parole de la nouvelle fondation précise même à ce sujet que l’”Irlande est bien placée pour jouer un rôle de leader en ce domaine".

MRFCJ affirme ainsi sa volonté d'être au centre de ce nouveau défi majeur du 21e siècle.

Fonctionnant grâce à des donations privées, la fondation bénéficie également du support d’organisations philanthropiques comme la Fondation Rockefeller ou la Fondation Nduna and Skoll, aux Etats-Unis, et de la One Foundation ou de Virgin Unite en Irlande.

mardi 14 septembre 2010

Les bébés des Magdalena Sisters parlent enfin

Les bébés des jeunes femmes envoyées de force dans les couvents des Magdalena Sisters, des années 1930 à la fin des années 1990 en Irlande, parlent enfin.

Ils ont dans les 40, 50 ou 60 ans maintenant - et ils parlent au nom de leur mère. La parole se libère ; les coeurs aussi.

En 2009, l'un de ces enfants oubliés d'Irlande a écrit une lettre très émouvante dans le courrier des lecteurs du Irish Times.

Après avoir écouté une série radiophonique traitant du sujet des Magdalena Sisters sur RTE Radio 1, il s'est décidé à interpeller le gouvernement irlandais en ces termes :

"Aujourd'hui, le gouvernement obligent ces femmes à prouver qu'elles ont été traitées en esclaves dans ces couvents. [...] Le gouvernement n'a-t-il aucune responsabilité financière et morale ? Aujourd'hui, le gouvernement donne des milliards aux banques et à leurs amis les promoteurs. [...] Et quand il s'agit du cas de ces pauvres infortunées femmes [...], il leur tourne le dos. N'y a-t-il aucune justice dans la société qui est la nôtre ?"

"Au fait, j'ai rencontré ma mère pour la première fois de ma vie à l'âge de 35 ans".

Et Leo Armstrong ajoute
: "Et ce n'était certainement pas grâce aux religieuses du couvent du Sacré-Coeur à Bessborough, Blackrock, comté Cork."



On se souvient du film de Peter Mullan dénonçant ces institutions irlandaises où les familles, l'Eglise catholique et l'Etat enfermaient des jeunes femmes - parfois des jeunes filles - au nom de la morale.

Voir à ce sujet le post d'avril 2010 : Tristes enfants d'Irlande

Enfermées à vie pour expier un péché qu'elles n'avaient pas commis. Filles-mères (bien souvent à la suite d'un viol), orphelines, femmes ou filles trop libres : la société irlandaise leur faisait vite retrouver le droit chemin dans ces "lavoirs" où elles passaient une vie entière à laver le linge sale des autres.

Elles n'en ressortaient bien souvent que pour aller au cimetière. Et encore : on a découvert récemment, dans les arrière-cours de ces couvents, des tombes sans noms ni dates.

mardi 7 septembre 2010

Le pub traditionnel dublinois en résistance



"Etre un barman irlandais expérimenté, c'est comme un passeport pour travailler partout dans le monde. Les barmen irlandais sont réputés pour leurs manières et leur charme". Le barman du The Long Hall à Dublin, l'un des 14 pubs dublinois traditionnels survivants de la capitale irlandaise, est un passionné de son métier.

Au Mulligan's, ouvert en 1782 dans la Poolberg Street à Dublin, le refrain est le même. "Nous ne servons pas de nourriture, nous n'avons pas de musique en bruit de fond. Nous n'avons qu'une grande télévision sur le mur, pour les jours de matches de rugby ou de football gaélique. Ces jours-là, le pub déborde dans la rue".



Tous ces barmen ont en commun l'amour de leur travail. Même s'ils reconnaissent que ce n'est pas un travail facile. L'un d'eux admet que les heures de travail d'un barman professionnel irlandais ne sont compatibles ni avec une vie de famille, ni avec une vie sociale : "J'ai déjà travaillé de 10 heures 30 le matin jusqu'à 2 heures de l'autre matin. Mais maintenant, de plus en plus, le travail est organisé en équipes".

Ce qui n'empêche pas nombre de jeunes apprentis barmen préférer travailler dans les nouveaux "cafés" branchés de la capitale où la musique est mise à fond et la nourriture servie à toute heure.

Ces nouveaux "pubs" modernes font fortune en ce moment à Dublin et certains pubs traditionnels s'inclinent et finissent par suivre le mouvement.



Mais pour ceux qui veulent goûter le calme et la sérénité d'un endroit où tout le monde se connaît - du barman au dernier client qui vient d'entrer - le pub traditionnel reste l'endroit le plus prisé. C'est l'endroit où "les conversations et le craic [ambiance] font toute l'atmosphère", selon le patron de The Stag's Head dans Dame Court.

La preuve ? Même des célébrités comme Colin Farrell, Brendan Gleeson ou Peter O'Toole, en son temps, continuent à les fréquenter. "Parce qu'ils savent qu'ils y seront traités de la même manière que n'importe quel autre client", affirme le patron du Mulligan's.

Et la crise économique que traverse actuellement le pays va certainement ramener vers ces vieux pubs toute une clientèle qui les avait pourtant oubliés un peu trop vite.

Photos : CHURCHILL & KLEHR PHOTOGRAPHY

dimanche 5 septembre 2010

Les Murals de Belfast

Dans cette vidéo, le lord-maire de Belfast fait faire le tour de sa ville à une équipe de journalistes en leur présentant les fameux Murals (murs peints) de Belfast.

La tradition des Murals remonte à 1908 avec le premier Murals loyaliste peint par des partisans de la Couronne d'Angleterre.

Mais les Murals ont vraiment commencé à être connus dans le monde entier avec le fameux "Derry", réalisé en 1969 - début de la période des Troubles qui ne se terminera que 30 ans plus tard (1998).

Les Républicains irlandais en feront alors leur media préféré pour faire connaître leur action politique.



La plupart des Murals sont réalisés par des artistes des rues, des habitants des quartiers de Belfast.

Ils sont souvent d'ordre religieux et/ou politiques - les deux domaines étant étroitement liés en Irlande du Nord.

Certains relèvent plutôt de la mythologie ou de l'histoire irlandaise - et parfois même traitent de sujets d'actualité internationale.

Ils sont en tout cas devenus incontournables à toute visite de la ville de Belfast.

jeudi 2 septembre 2010

Les Irlandais et l'alcool : 5 bonnes raisons de boire

En janvier 2009, le Government Alcohol Advisory Group a été mis en place afin d'étudier les raisons de la hausse des ventes et de la consommation d'alcool dans le pays (+17 p.cent en 10 ans).

L'Irlande est devenu le premier pays d'Europe en matière de consommation d'alcool, en particulier chez les jeunes - hommes et femmes confondus.

Loin de prendre cette étude au sérieux, les Irlandais y ont plutôt vu l'occasion de pratiquer leur solide sens de l'auto-dérision, qui leur a souvent servi par le passé à accepter une réalité pas toujours souriante.

Ils ont fait leur propre analyse de l'étude et en ont tiré leurs conclusions.

Première conclusion :

Rien ne sert d'interdire aux Irlandais de boire - ou d'essayer de diminuer leur consommation d'alcool. Il s'agit d'une fatalité : la fatalité irlandaise, qui obéit à 5 règles :


1- Le climat : Les Irlandais doivent vivre avec un climat type"Ventôse" (wintry dans le texte) tant le vent est omni-présent tout au long de l'année.
Ils doivent aussi accepter l'idée qu'ils descendent de peuples qui ont pu penser que cette île perdue dans l'océan, battue par les pluies et les vents, était habitable. L'alcool peut aider à accepter cette blessure originelle.




2- Les Englishers : Les Anglais ont maintenu les Irlandais sous leur coupe pendant des siècles. Tout ce qui va mal dans le pays désormais est de la "faute des Brits". Une bonne pinte de Guinness peut aider à les oublier.

3- L'Eglise catholique : Ces mêmes Englishers se sont empressé d'indiquer à l'Eglise catholique qu'il y avait là un peuple prêt à accepter sa tutelle - tant il était enfoncé dans son propre désespoir. Un bon verre au pub peut faire passer un trop long sermon.

4- Les batailles rangées : Les Irlandais les adorent - surtout à la sortie des pubs. Là encore, pintes et vodka peuvent soutenir.


5- Réputation irlandaise : Les Irlandais sont célèbres dans le monde entier pour leur consommation d'alcool. Ils ont une réputation à soutenir. Ils doivent donc continuer dans leurs efforts et ne pas décevoir leurs admirateurs.

Deuxième conclusion :

A la suite de ce rapport, pourtant sérieux, le gouvernement a renforcé les pouvoirs de la Garda (police) qui peut désormais arrêter les buveurs dans la rue.

mercredi 1 septembre 2010

La vie en maison close en Irlande : les prostituées parlent

“Etre transformées en toilettes publiques”, telles sont les paroles rapportées par la responsable de l’organisation Ruhama pour la protection des femmes prostituées. Coups de poings au visage, coups de pied dans les escaliers, mordues, affamées, battues, tel est le lot des prostituées en Irlande.

La rapport annuel de l’organisation Ruhama, qui s’occupe de la protection des femmes prostituées en Irlande, est clair : la crise économique n’a fait que renforcer la violence que rencontrent les femmes obligées de se prostituer.

La responsable de l’organisation Ruhama est formelle : l’année dernière en Irlande, des femmes ont été battues pour avoir refuse d’avoir des relations sexuelles avec des clients ; elles ont été affamées et enfermées pour les obliger à obéir à la loi des clients et des “protecteurs”.

Les clients sont de plus en plus jeunes et de plus en plus violents”, affirme le rapport. L’effet de la crise économique est renforcé par la large distribution de vidés pornos de plus en plus violentes à travers tout le pays.

Le mythe de la prostituée libre qui choisit d’exercer son metier comme elle l’entend est bien loin – si l’on en croit les témoignages recueillis par l’organisation Ruhama.

L’une des protégées de Ruhama décrit ainsi sa vie en maison close : “Les souteneurs font venir les filles dans les regions rurales du pays ou elles doivent rester enfermées, seules, entre 6 et 13 jours dans des appartements aux rideaux tirés en permanence. Elles n’ont aucun contact avec le monde extérieur et les seules personnes à qui elles peuvent parler sont leurs clients”.
Les femmes doivent être disponibles entre 12 et 16 heures par jour, poursuit la protégées de Ruhama, et doivent tout accepter de leurs clients – mêmes ceux qui arrivent en groupes de deux ou trois”.

La légende du gentil client qui a juste besoin de parler fait partie du monde des Bisounours. Le rapport de Ruhama confirme : “Les clients ne se préoccupent pas de blesser physiquement les femmes. Ils sont juste à la recherche de leur plaisir. Les agressions verbales sont la norme.”

La prostitution en Irlande est tellement normalisée qu’il est normal pour les clients de venir attendre leur tour en discutant de leurs affaires entre eux, raconte une prostituée de Ruhama.

L’organisation Ruhama dénonce également les nombreux sites “Escort” d’Irlande promouvant telle ou telle maison close. Ces sites accroissent encore la pression subie par les prostituées.

Les clients y laissent leurs impressions après chaque passage avec la prostituée. La lecture des posts laissés par les clients – jusqu’à 10 en un mois pour certains – montre leur degré d’immaturité et leur problème relationnel avec les femmes.

Le plus inquiétant est que ces posts sont lus par les souteneurs qui obligent leurs “protégées” à y répondre. Si les “impressions” des clients sont negatives, elles doivent s’engager à faire mieux “la prochaine fois”.

Et les posts sont pour la plupart très négatifs. Les clients sont souvent “déçus” par les prestations fournies qui ne correspondent pas à ce qui était promis.

Les critiques portent également sur le faible niveau d’anglais des prostituées. Car contrairement à ce que promettent les sites vantant telle ou telle maisons closes, les prostituées ne sont que très rarement irlandaises.

mardi 31 août 2010

Discrimination en Irlande : le long combat des femmes



Portmarnock : sa ville, ses fleurs, son golf... pour hommes seulement.

Le jugement est tombé après sept ans de procédure : le golf de Portmarnock, une "institution nationale", selon l'un des juges, restera exclusivement un golf pour hommes seulement.

Les juges en ont décidé ainsi après moult audiences, appels, recours à la Consitution irlandaise et autres Acts du droit irlandais. Rien n'a été laissé au hasard.

Pourtant, les femmes irlandaises ont essayé de se battre. Et elles ont perdu : elles ne pourront pas être membres à part entière de ce club de golf où politiciens, hommes d'affaires et avocats de renom ont coutume de se rencontrer pour parler business.

Une dizaine d'années de cela, l'Irlande comptait près de 400 clubs de golf pratiquant la même politique d'exclusion à l'encontre des femmes.

Celles-ci pouvaient néanmoins payer un droit d'entrée pour jouer au golf - mais seulement pendant certaines heures. Les portes des golfs d'Irlande leur étaient ouvertes essentiellement pendant la semaine - lorsque la demande était faible.

Petit à petit, la plupart de ces clubs ont changé leurs statuts sous les coups de boutoirs des femmes - et de quelques hommes aussi.

Sauf un : Portmarnock, le plus important d'entre eux.

Malgré les plaintes déposées en nombre pour "discrimination" selon l'Equal Status Act, les juges ont décidé que le club de golf pouvait rester "Men Only".

L'un des arguments-clés de cette décision repose sur le fait que le club a été fondé par des hommes, pour jouer au golf entre hommes - tout comme, à travers le pays, existent des bookclubs exclusivement féminins.

Evidemment, les juges ont décortiqué le droit irlandais pour justifier et bétonner leur décision.

La société irlandaise reste encore relativement figée sur son ancien modèle social où hommes et femmes sont distinctement séparés : écoles, clubs, travail, rencontres diverses. Certaines écoles ne sont devenues mixtes que très récemment, si l'on compare avec le modèle français.

Les femmes d'Irlande vont continuer à se battre pour plus d'égalité encore, mais la crise économique ne va certainement pas les aider dans ce combat.

dimanche 25 juillet 2010

Une fibule du 7e siècle dans un poêle à tourbe




Une fibule en bronze datant du 7e siècle a été découverte par un couple de retraités irlandais du Kerry - dans leur poêle à tourbe. C'est en voulant nettoyer son poêle que Sheila Edgeworth a trouvé dans les cendres un bout de métal noirci par le feu.

"Mais qu'est-ce que ça peut bien être ?", demande-t-elle à son mari Pat, qui prend l'objet, le retourne dans tous les sens et avance : "C'est un ancien mors pour âne" - se souvenant que les ânes étaient souvent utilisés pour le transport de la tourbe, par le passé.


La boucle est si noire que Sheila et Pat décident de la frotter avec un chiffon et de l'eau. Devant ce qui apparaît lentement, Pat comprend : "Ce doit être une broche, comme celles qu'on voit dans les livres".

Selon le Kerry County Museum, il s'agit d'une fibule du 7e siècle, en bronze, typique des 6e et 7e siècle en Irlande. La broche de Sheila et Pat est particulièrement intéressante pour les archélogues car décorée, à ses extrémités, par deux croix chrétiennes - signe qu'elle appartenait soit à un chrétien des premiers temps soit, plus certainement, à un moine.


La région du Kerry, où la broche a été trouvée, est réputée pour ses ruines chrétiennes du haut-Moyen Age et ses puits sacrés. Selon les archéologues, le moine qui portait cette fibule a dû la perdre dans la forêt qui bordait alors la route de Ballylonford, localité où habitent Pat et Sheila. La forêt s'étant transformée peu à peu en terrain à tourbe (bog), la broche en bronze s'est retrouvée piégée dans le sol.


Comme le responsable du Kerry County Museum le souligne : "Cette broche a donc survécu à la tourbe, aux pelleteuses et au feu. C'est une histoire incroyable !"

jeudi 24 juin 2010

Irlande en images

lundi 21 juin 2010

Deux Irlandaises en Languedoc : ou pourquoi les Françaises ne grossissent pas




Au début du mois d'octobre 2008, la Foire du vin français, organisée par le réseau Sopexa, spécialiste de l'agroalimentaire, a installé ses quartiers à Dublin. Les vins exposés provenaient en majorité de domaines cultivant le bio et l'agriculture "durable".

Au milieu des producteurs français, deux soeurs irlandaises ont fait sensation auprès du public dublinois. Installées en Languedoc depuis 2000, Suzanne et Karen O'Reilly ont su jouer la carte "tricolore" auprès de leurs compatriotes, toujours avides de connaître les secrets de la culture française.

On pouvait les entendre raconter à des Irlandais qui n'avait jamais vu la Méditeranée ni même de neige de leur vie, qu'elles "pouvaient aller nager dans la "Med" en 20 minutes ou aller skier dans les Pyrénées en 1 heure".

Après avoir commencé par vendre des maisons du Languedoc-Roussillon aux Irlandais via leur site Internet, elles ont décidé de se tourner vers le commerce du vin "par passion" et développer un réseau en Irlande.

Le nom d'O'Reilly a désormais rejoint la liste, déjà longue, d'Irlandais installés en France.

Mais les Hennessy, les Michel Lynch, les Thomas Barton et même les Mac-Mahon les reconnaîtront-ils, eux dont les ancêtres sont arrivés en France avec les Wild Geese ?

La défaite de 1691 contre Guillaume d'Orange doit sembler bien loin aux deux soeurs O'Reilly.

Plus prosaïquement, poursuivant leur trip français, Suzanne et Karen O'Reilly proposent aux fans de Peter Mayle (auteur britannique du best-seller mondial : Une Année en Provence) de découvrir la France et les Français - tâche ardue s'il en est.

Grâce à la French Tour Company des deux soeurs, l'Irlandais moyen pourra désormais s'offrir des visites de domaines et caves viticoles autour de Perpignan, dans le Languedoc et dans le Roussillon.

Il pourra même pousser jusqu'en Touraine où, pour 250 euros par personne, il découvrira le vignoble sur trois jours.


Mieux : avec et grâce aux deux soeurs, l'Irlandaise moyenne (elle aussi) pourra enfin comprendre pourquoi les "Françaises ne grossissent pas".




S'appuyant sur le succès du best-seller anglo-saxon de l'Américaine Mireille Guilliano paru en 2005, le Why Frenchwomen Don't Get Fat Tour propose des marches, des repas fins équilibrés et une journée Spa pour seulement 95 euros par personne.

Et pour 90 euros, l'Art Tour permettra à l'Irlandais et l'Irlandaise (moyens donc) d'accéder au sacro-saint de la culture française - vue par les Anglo-Saxons : visites de musées et "leçons d'art".

mercredi 16 juin 2010

Le pub irlandais pris en otage



C'est arrivé un jour de semaine, en 2009.

C'est arrivé en Irlande - dans une petite ville près de Dublin.

L'après-midi s'annonçait tranquille, le ciel était gris, le vent pas encore levé - pour une fois. Au pub du coin, deux ou trois piliers avec leur première (depuis midi) pinte de Guinness à la main.

Puis, vers 15-16 heures - on ne sait pas trop - une famille de Travellers (les gens du voyage irlandais) arrive. Ils ont quelque chose à arroser, c'est sûr, à voir l'alcool qu'ils descendent. Le patron pense alors à ralentir le flot. Et même à l'arrêter net.

C'est à ce moment-là que tout a basculé.

Et que l'on a alors assisté à la première prise en otage... d'un pub !

Le spectacle est grandiose : la foule accoure, hurle, prend partie, commente les mouvements de la police.

"Ils vont entrer par la porte de devant !" "Non, ils vont essayer par derrière !" Soudain, des jets de lances-incendie sortent du pub. Quelqu'un crie : "On n'est pas supposé jeter les bombes lacrymo dans le pub, les gars ?"

On en fait même un film-pastiche, inspiré des Benny Hill de la grande époque (voir vidéo). Dialogues écrits :

- "Eh les gars, comment ça va chez vous?"

- "Vous pouvez prendre tous les tapis qu'on vend mais pas notre liberté !"

- "Je te le dis, chef, si tu m'enlèves ces menottes, je ferais des petits boulots pour toi."

- "J'te donne même mon mini-van !"

- "Tu me redis ça encore une fois, je te balance la tête à travers le mur !"

Pour conclure sur une superbe envolée de "You f****** etc. etc". Le générique n'est pas mal non plus - dans le pur style humour irlandais.

Voilà : c'est aussi ça, l'Irlande - et les Irlandais, avec qui on ne s'ennuie jamais. Il faut bien le dire.


lundi 14 juin 2010

Bloody Sunday - 1972

Photo Reuters

30 janvier 1972 - Derry (Irlande du Nord) : la population catholique de la ville manifeste pour la pleine reconnaissance des droits civils aux citoyens catholiques d'Irlande du Nord. La grande marche débute dans le calme, avec femmes, enfants, personnes âgées.

L'armée britannique veille.

Soudain, tout s'emballe. Des coups de feu sont tirés - dans la foule. Des civils sont tués. Le cessez-le-feu tarde à être décidé du côté britannique.

Mardi 15 juin 2010 : un rapport de 5.000 pages va enfin être officiellement publié. Qui a ordonné le massacre de ces dizaines de civils ?

Réponse : 38 ans plus tard.


Petit rappel :

En 1998, Tony Blair demande l'ouverture d'une enquête concernant ces événements - en parallèle des négociations qui ont abouti aux accords de paix de 1998 (Good Friday Agreement).

L'enquête a produit un rapport de 5 000 pages - après une enquête qui aura duré 12 ans.


Un premier rapport officiel, publié juste après le Bloody Sunday, affirmait que les soldats n'avaient ouvert le feu que pour se défendre. Or les manifestants n'étaient pas armés. Cinq manifestants ont été tués d'une balle dans le dos - dont l'homme qui brandit un mouchoir blanc en portant secours à un blessé.

Le rapport de Lord Saville a été publié mardi 15 juin, à 15.30 h à Derry (Irlande du Nord).

Plus de 500 journalistes venus du monde entier ont été accrédités et étaient présents.

Les familles des victimes étaient dans la salle, recueillies, attentives à la lecture du rapport - qui n'a pas été censuré par les autorités britanniques.

Les conclusions du rapport sont simples : le massacre est "injustifiable".

Le rapport précise également nettement et clairement que les parachutistes britanniques ont tiré à balles réelles, sans sommation pour prévenir les civils présents - et que toutes les victimes de la marche pacifique étaient désarmées et innocentes.

Pour la première fois en 38 ans, le gouvernement britannique reconnait ses torts : Cameron s'est exprimé, hier après-midi, devant la House of Communs, après la lecture du rapport et a déclaré que la Grande-Bretagne avait eu tort :

'What happened on Bloody Sunday was both unjustified and unjustifiable. It was wrong.'

Il a présenté ses excuses au nom de son pays :

"On behalf of our country I am deeply sorry" – British prime minister David Cameron

Une première dans l'histoire de l'Irlande du Nord (et de l'Irlande en général).

Bloody Sunday - 1972 - 2010 : le rapport officiel



30 janvier 1972 - Derry (Irlande du Nord) : La population catholique de la ville organise une marche pacifique pour la pleine reconnaissance des droits civils des Catholiques d'Irlande du Nord.

Des femmes, des enfants et des personnes âgées participent à la manifestation. Tout est calme - malgré une tension dans les rangs.

L'armée britannique veille.

Soudain, tout s'emballe. Partis d'on ne sait où, des coups de feu éclatent. Des personnes s'écroulent.

Le cessez-le-feu tarde à être décrété. L'armée britannique continue à tirer.


Mardi 15 juin 2010 : le rapport officiel de 5.000 pages va enfin être publié. Qui a ordonné le massacre ?

Les familles attendent de connaître la vérité depuis 38 ans.photo Reuters

vendredi 11 juin 2010

L'Irlande des premiers chrétiens



En Irlande, au détour d'une petite route si étroite que deux voitures ne peuvent se croiser, des endroits magiques se cachent depuis plus d'un millénaire. Ils y sont encore nombreux, venus du fond des premiers temps du christianisme, intacts ou presque.

Quand, par hasard, votre chemin croise l'un de ces lieux hors d'âge, vous en revenez apaisé - transformé.




Monasterboice : l'un des premiers monastères fondés en Irlande - aux alentours de 520. Ses ruines sont là, presque intactes, au milieu d'un cimetière greffé autour d'elles, au fil des siècles. La ville de Drogheda n'est qu'à quelques kilomètres.


On dit que Monasterboice a été fondé par saint Buithe, disciple de saint Patrick. Les Vikings s'en emparent en 968 - avant que le grand roi celte de Tara ne le reprenne.

Le monastère fut un important centre spirituel - jusqu'à l'arrivée, en 1142, de moines cisterciens, venus de France pour fonder leur abbaye voisine : Mellifont.




Ce qui frappe en ce lieu - plus que la tour des moines pour échapper aux assauts des Vikings, plus que les deux petites églises si minuscules pour un lieu aussi grand - ce sont les quatre croix monumentales.

En granit, lavées par les vents et la pluie, elles racontent au peuple et aux moines l'histoire de la Bible. De simples images, des personnages de tous temps, avec leurs habits, leurs gestes et leur foi.

La lumière du ciel d'Irlande ajoute encore à la magie du lieu. Et soudain, on les voit ces premiers chrétiens, marchant en file pour venir se recueillir devant les croix qui s'élancent vers le ciel.

jeudi 10 juin 2010

Crise : un rapport indépendant met en cause le gouvernement

Hier soir, le gouverneur de la banque centrale irlandaise, Patrick Honohan, a dévoilé les conclusions d'une enquête internationale et indépendante sur les causes de la crise bancaire et financière en Irlande.

Les conclusions du rapport Honohan sont impitoyables pour le gouvernement actuel - qui menait déjà le pays pendant la période dorée du Tigre celtique.

Le rapport met en cause la politique du ministre des finances de l'époque - Brian Cowen, l'actuel Premier ministre. Les deux experts internationaux qui ont participé à l'enquête rejoignent le gouverneur Patrick Honohan dans ses conclusions : le gouvernement s'est rendu coupable de laxisme en matière de fiscalité et de régulation immobilière.

Attirer les investisseurs étrangers à coups de fiscalité avantageuse et favoriser le secteur du bâtiment en laissant toute liberté aux banques a conduit - selon le rapport Honohan - le pays au bord du gouffre. Un gouffre qui n'aurait rien à voir - toujours selon le rapport - avec la crise internationale actuelle.

Socialement, les effets de la crise irlandaise se font fortement sentir.

"J'ai eu trois suicides ces derniers mois à cause de la pression que connaissent actuellement les gens", déclare un responsable du Money Advice and Budgetering Service (Mabs) dans une ville moyenne du centre du pays.

Les bureaux d'aide sociale sont débordés depuis plusieurs semaines. On pense même au retour des années noires lorsque le taux de chômage atteignait 22 p.cent et que la seule façon de réduire les files d'attente au Dole (Assedic) était de mettre les gens deux par deux.

Selon le Mabs, le niveau moyen des dettes des ménages qui viennent leur demander de l'aide a doublé en un an et atteint maintenant 11.400 euros par client.

Les classes moyennes sont étranglées, piégées par un système qui leur a permis d'emprunter aux banques irlandaises l'argent pour acheter la grande maison de leurs rêves ou le grand 4x4 dernier cri. Tout paraissait facile.

A l'époque, les banques approuvaient tous les dossiers. Beaucoup de ménages à ressources modestes ont bénéficié de prêts à 100 p.cent. Sur 30 ou 40 ans.

Le Mabs voit défiler dans ses bureaux des hommes qui doivent à leur banque plus de 1.200 euros par mois pour leur maison et qui n'ont pour seuls revenus que l'allocation chômage allouée par l'Etat irlandais.

"Blood in the streets", c'est ce qu'on entend le plus ces jours-ci en Irlande.

Les banques se font pressantes et envoient des "contrôleurs" chez leurs clients. Ils débarquent chez eux tous les deux jours, exigent de voir les factures et le budget du ménage pour la semaine.

Tout le monde connaît quelqu'un en difficulté mais personne n'admettra qu'il est lui-même concerné par la crise.

"Voir des enfants pleurer leur père qui vient de se tuer à cause de ses difficultés financières est la pire des choses", raconte un responsable du Mabs.

La crise sera profonde. Car ce n'est pas seulement le secteur de l'immobilier et du bâtiment qui a été touché mais bien tout le réseau économique qui va avec : fournisseurs de matériaux, usines, restaurants, pubs, alimentation.

Les nouveaux migrants de la Nouvelle Irlande sont déjà repartis vers leurs pays de l'Est. Les Irlandais parlent de partir à leur tour. Et de renouer avec leur vieille tradition : l'émigration de masse.

mercredi 9 juin 2010

Féminisme : toujours une nécessité en Irlande

Le Feminist Open Forum a ouvert ses portes, en septembre 2008, pour la première fois en Irlande. Plus de 80 chercheurs, politiques ou responsables d'associations étaient présents. Ou plutôt "présentes" : la majorité des personnes réunies étaient des femmes.

"Le féminisme est toujours une nécessité en Irlande". La réunion inaugurale du Forum s'est terminée sur ce cri.

La première raison de ce combat en République d'Irlande est l'interdiction du droit à l'avortement inscrit dans la Constitution irlandaise. La loi de 1992, qui amende la Constitution en donnant le droit aux femmes de "voyager pour aller avorter à l'étranger", permet chaque année à 4. 686 femmes enceintes de se rendre au Royaume-Uni pour avorter. Les Pays-Bas attirent 485 Irlandaises enceintes par an, dans le même but.

On estime que de nombreuses autres femmes enceintes de la République d'Irlande voyagent à travers l'Europe pour se faire avorter. Elles profitent des voyages à bas coût qui se sont développés ces dernières années sur l'Europe entière. Leur nombre n'est pas connu. Soit elles ne donnent pas leur véritable adresse en Irlande. Soit les pays concernés ne demandent pas de détails aux femmes, profitant ainsi de qu'on appelle ici désormais le "tourisme de l'avortement".

"Les enfants sont la principale raison pour l'absence des femmes dans la société irlandaise". La femme qui prononce cette phrase, lors du Forum, est la sénatrice indépendante Ivana Bacik.

Selon elle, le manque de modes de garde et la quasi-inexistence dans la loi irlandaise des droits des pères enferment les femmes chez elles, loin du monde du travail. Ici, l'école est obligatoire à 5 ans. Avant cet âge, les parents n'ont d'autre choix que de payer quelque 1.000 euros par mois pour une crèche privée. Ou de décider que la mère restera à la maison.

En Irlande, les femmes ne sont toujours qu'à peine 60 p.cent à travailler. Jusqu'en 2005, elles n'étaient qu'à peine 40 p.cent. Avec la crise économique, ce taux va sans aucun doute reculer ramenant les Irlandaises au rôle qui leur a été réservé par la Constitution ultra-conservatrice de 1937, toujours en vigueur : Le rôle premier des femmes mariées est d'enfanter et de garder le foyer.

La Constitution irlandaise ne donne aux femmes sans enfant qu'un statut d'adolescentes. Il faut rappeler que jusqu'en 1972 - date de l'entrée de l'Irlande dans l'Union européenne - les femmes fonctionnaires de l'Etat avaient l'obligation de démissionner quand elles se mariaient.

Les femmes irlandaises ont toujours, en 2008 comme en 2010, un problème d'image et d'estime de soi. Elles connaissent l'un des taux les plus élevés d'Europe en matière d'auto-mutilation.

lundi 31 mai 2010

Trois Irlandaises devant la Cour européenne pour le droit à l'avortement

En septembre 2009, trois femmes - dont les noms sont gardés secrets - ont osé défier l'Etat et la société irlandaise sur la question du droit à l'avortement. Un grand pas pour toutes les Irlandaises.

Les avocates des trois femmes comparaissaient en audience spéciale devant les 17 juges européens pour tenter de les convaincre du fait que toutes les trois avaient usé de tous les moyens légaux à leur disposition, avant d'en appeler à la Cour européenne.

Le jugement rendu par la Cour - présidée par le juge français Jean-Paul Costa - aura, à n'en pas douter, un sérieux impact sur la législation irlandaise en matière de droit à l'avortement.

Les trois Irlandaises - qui ne comparaissaient pas physiquement devant la Cour - ont affirmé que leurs droits humains ont été violés par l'Etat irlandais, qui les a obligées à voyager jusqu'en Grande-Bretagne afin de mettre fin à une grossesse qui mettait leur santé physique et mentale en danger.

La loi irlandaise prévoit pourtant le recours exceptionnel à l'avortement thérapeutique dans ces deux cas - après de longues et difficiles luttes des mouvements pro-choice et grâce à l'influence des lois européennes.

Les trois Irlandaises ont affirmé qu'elles ont subi une violation de leurs droits car leurs cas n'entraient pas dans les conditions prévues par la loi. L'une risquait de développer une grossesse extra-utérine, l'autre suivait une chimiothérapie et la dernière craignait ne jamais revoir ces enfants placés en foyer d'accueil si un autre bébé arrivait.

La décision de la Cour européenne est attendue en Irlande avec un mélange d'impatience et de curiosité. Jugement rendu fin 2010.

mercredi 26 mai 2010

Tinselitis, le groupe irlandais de New York, vous connaissez ?







Pour les accros :

http://www.irishvox.com/tinselitis.html

mardi 25 mai 2010

Irlandais - le peuple migrant

Quand les Irlandais partaient, chassés de leur île par la faim, la misère et les discriminations.





Quand les Irlandais bâtissaient d'autres pays, fondaient d'autres cultures et d'autres mondes.




Ellis Island, l'arrivée tant espérée et tant redoutée. Film de Thomas Edison (1903)


vendredi 21 mai 2010

The Divine Comedy - Neil Hannon chante en avant-première



Le nouvel album de The Divine Comedy "Bang Goes the Knighthood" sortira le 28 mai 2010. Neil Hannon donne le ton en avant-première.

mercredi 19 mai 2010

Le dernier livre de Nuala O'Faolain



Nuala O'Faolain l'avait déclaré à la radio nationale RTE, par un triste matin de mars 2008 : elle refuserait tout traitement. Son cancer était en phase terminale et elle lançait sur les ondes son ultime message : laissez-moi finir de vivre comme j'ai toujours vécu. Libre.

Elle est morte à Dublin le 9 mai 2008 âgée de 68 ans. Son dernier livre a été publié en français chez Sabine Wespieser en août 2008. Il fait figure de testament.



Fille d'un journaliste célèbre du Irish Times, Nuala O'Faolain commence sa carrière en écrivant des chroniques pour le même journal. En 1996, on lui demande d'écrire une préface pour une édition rassemblant toutes les chroniques qu'elle y a écrites. C'est le début d'un roman autobiographique traduit en français en 2002 et publié chez Sabine Wespieser. Are You Somebody ? (On s'est déjà vu quelquepart ?) sera le premier livre d'une série où Nuala O'Faolain parle de ses expériences, de la vie en général, et de la sienne en particulier - en Irlande et à New York, sa ville d'adoption.

Ses trois premiers livres ont été longtemps en tête de la liste du New-York Times Best-Sellers. Le New-York Times a d'ailleurs publié un article nécrologique à sa mort où son premier livre est comparé au Angela's Ashes de Frank McCourt.




Nuala O'Faolain était une femme libre, née dans un pays et à une époque où les femmes ne devaient pas l'être. Elle décrit dans ses livres sa mère alcoolique à force de désespérance, son père toujours absent, ses propres amours hétéro- et homosexuels, ses liaisons avec des hommes mariés. Elle décrit une société irlandaise piégée par son propre système. Et parle des Etats-Unis comme d'un ballon d'oxygène.



Nuala O'Faolain était libre. A l'écoute des autres. Elle répondait à toutes les lettres, donnait son adresse personnelle sans difficulté. Elle était là. Pour tous.

Le dernier livre de cette série, Best Love Rosie, a été terminé peu de temps avant le décès de son auteur. Le thème central tourne autour de la vieillesse : comment l'aborder et, surtout, comment vieillir ? Le récit se partage entre l'Irlande, son pays de coeur et les Etats-Unis, son cher pays des libertés.

mercredi 12 mai 2010

Parlez-vous gaeilge ?



Un petit gars de 5 ans tout juste, qui se plante devant vous, dans la rue et commence à chanter une jolie comptine... dans une langue totalement inconnue, ça interpelle. La chanson est bien jolie et le petit, tout à sa joie, la reprend à plein poumon. Quant à savoir ce qu'elle raconte...

La comptime est en gaélique et le gamin commence à vous la traduire, du haut de ses 5 années.

Qu'est-ce que le gaeilge - langue aux sonorités rauques et au rythme étrange ? C'est d'abord la première langue officielle de la République d'Irlande. La première langue du peuple irlandais : l'irlandais - ou le gaélique comme certains l'appellent. La deuxième langue officielle est l'anglais - pragmatisme irlandais oblige.

Remise à la mode depuis peu par une série télévisée, la langue gaélique a été propulsée sous les feux de la rampe par l'élection, à la tête de son parti politique, du futur Premier ministre d'Irlande. Brian Cowen a surpris son monde en répondant dans la même langue à des journalistes qui l'interviewaient en irlandais. Et sans hésitations.

Il faut toutefois se rappeler que des habitants s'expriment toujours dans leur langue natale - le gaélique. Ainsi un médecin se souvient de ses premières années de médecine à Dublin où, devant soigner un homme d'une cinquantaine d'années, il avait d'abord pensé avoir affaire à un simple d'esprit. Avant de s'apercevoir que l'homme était plus à l'aise, pour décrire les symptômes de son mal, en irlandais qu'en anglais.

Par ailleurs, les personnes plus âgées, scolarisées à une époque où l'irlandais était la seule langue officielle d'Irlande, sont toujours capables de converser entre elles, en gaélique. Au grand dam des plus jeunes.

L'irlandais est devenu langue de travail officielle de l'Union européenne en 2005. Moins de 2 p.cent des Irlandais l'utilisent dans leur vie quotidienne - bien que son enseignement soit obligatoire dans les écoles de la République.

Et même si la langue gaélique reste indispensable pour qui veut devenir fonctionnaire de l'Etat, elle est de plus en plus concurrencée par l'anglais qui, petit à petit, la grignote. Jusqu'à la faire disparaître presque complètement dans des régions comme Dublin et ses alentours.





Mais la résistance s'organise. La langue gaélique a désormais son Digital Humanities Observatory. L'Etat irlandais a décidé d'aider l'institution universitaire à hauteur de 28 millions d'euros. La décision a été prise juste avant la publication des restrictions drastiques du Budget pour 2009.

Son objectif sera de numériser tous documents audio ou vidéo enregistrés au début du XXe siècle dans les régions d'Irlande parlant gaélique. Les chercheurs s'appuieront en grande partie sur les travaux d'un scientifique allemand, le Dr Wilhelm Doegen, qui parcourut l'Irlande de 1928 à 1931, enregistrant la population des comtés de Munster, Ulster et Connacht. Selon les universitaires du Digital Humanities Observatory, les personnes enregistrées par le Dr Doegen utilisaient toujours l'irlandais parlé pendant la Grande Famine (milieu du XIXe siècle).



Actuellement, sur 4,2 millions d'habitant en République d'Irlande, seules 70.000 personnes admettent parler irlandais dans leur vie quotidienne - bien que l'enseignement de la langue gaélique soit obligatoire dès l'école primaire. De récents sondages ont montré que moins de 5 p.cent de la population pouvait effectivement parler irlandais. Et plus des deux tiers disent ne jamais l'utiliser dans la vie courante.



Bien sûr, il faut distinguer les régions dites Gaeltacht [prononcer guel-taukt], situées dans l'Ouest et le Nord de l'Irlande où 45 p.cent de la population parle toujours en gaélique.

Le voyageur égaré au Connemara pourra en témoigner : se retrouver seul au milieu d'un dédale de petites routes, dans une campagne désertique, face à une succession de panneaux indicateurs écrits seulement en gaélique est une expérience dont on se souvient. Il pourra toujours se réconforter dans un pub où il peut avoir la chance d'écouter un chant en gaélique.

mardi 11 mai 2010

La Grande Famine - à la télévision irlandaise




Oubliez les titres en anglais et profitez de ce film Pathé de 1905 montrant l'Irlande de l'Ouest - quelque 60 ans après la Grande Famine.



Il n'est pas si courant que l'on se souvienne de la Grande Famine en Irlande. Ou plutôt si, on s'en souvient mais on n'en parle pas. La douleur est encore trop vive dans bien des familles.

Lundi 8 septembre 2009, la télévision nationale irlandaise (RTE) a diffusé une émission qui a fait l'effet d'un électrochoc. Avec son titre "Où était votre famille pendant la Grande Famine ?", chacun s'est senti pointé du doigt.



Trois figures connues des Irlandais étaient les invités. Face à eux, une batterie de chercheurs et de généalogistes. Au journaliste John Waters, on a tendu l'acte de décès d'un enfant trouvé mort de faim dans un marécage de l'Ouest de l'Irlande.

C'était le frère de son arrière-grand-père."La mort de cet enfant est un crime majeur, qui a été multiplié par 1 million [pendant la Grande Famine]", s'est-il écrié, la gorge nouée. Avant de rappeler les conditions de survie dans les fameuses workhouses, mises en place dans l'urgence par le gouvernement anglais, où les enfants agonisaient à même le sol tandis que leurs parents tentaient de "travailler" dans la pièce voisine.



L'émotion était palpable dans le studio de télévision. L'un des invités, un économiste, s'est entendu dire que sa famille avait, elle, plutôt bien franchi le cap difficile de cette fin de 19e siècle en Irlande en se retrouvant avec 20 maisons au siècle suivant.



Entre 1845 et 1851, 1 million d'Irlandais sont morts de faim et 2 millions ont préféré partir vers l'Amérique à bord des sinistres coffin ships, les "bateaux-cercueils" où nombre d'entre eux ont trouvé la mort.



L'Irlande est passé de 8 à 5 millions de personnes en 6 ans. L'émigration a continué, quant à elle, jusque dans les années 1911. A ce moment, l'Irlande ne compte plus que 4 millions d'habitants.



Les Irlandais de l'"Irlande moderne" préfèrent souvent oublier cette époque. Et semblent ne pas vouloir se souvenir des causes - peut-être trop liées à leurs voisins britanniques.



Mais les participants de l'émission ont insisté. Tout y est passé : Cromwell découpant les terres irlandaises de telle sorte qu'il était impossible d'y survivre ; les landlords anglais ravis de l'occasion ainsi donnée de racheter ces terres pour rien ; le mildiou attaquant les maigres récoltes de pommes de terre.

Aucun détail n'a été épargné. Pas même le fait que les Anglais ont continué d'exporter de la nourriture vers l'Angleterre alors que les paysans irlandais mouraient sous leurs yeux.

Et surtout pas le fait que l'armée britannique de l'époque possédait le stock de nourriture le plus important d'Europe - et que cette aide a été refusée aux Irlandais.

mercredi 5 mai 2010

TK Maxx - la folie de ces dames

Connaissez-vous TK Maxx ? Son concept ? Son succès ? Les Américaines, les Anglaises, les Irlandaises et, maintenant, les Allemandes en sont folles. TK Maxx, c'est la folie. Toutes les fashion victims, les shopaholic s'y précipitent - et toutes les autres. Même les hommes.





Un magasin TK Maxx, ça ne paie pas de mine. Ca a plutôt l'air d'un grand entrepôt. Avec les grandes lettres rouges bien connues au dessus-de la porte : TK Maxx.

A peine les battants poussés, on est immédiatement happés par un tourbillon d'air surchauffé, de lumières blafardes, de femmes affolées courant en tous sens et des dizaines, des centaines de portants. Des portants à perte de vue. Et sur ces portants : des trésors.

Une jeune femme essouflée passe en brandissant son panier TK Maxx comme un bouclier et hurle hystérique : "Un Moschino ! J'y crois pas. Un Moschino !". "Combien ?" demande sa copine froidement. "30 euros !"

Plus loin au bout du rail au Moschino, un pantalon de soirée griffé Valentino attend avec son étiquette marquée 60 euros. Après examen attentif, le prix d'origine est toujours accroché au Valentino : 520 euros.

C'est ça, la folie TK Maxx. Des costumes Ted Baker, Balmain ou Armani, des robes Chloé, Nicole Farhi, French Connection ou Dior.

Des parfums Van Cleef & Arpel, Guerlain ou Rochas, des écharpes Burberry en pure cashmere. Des sacs Gucci ou Mandarina Duck, des pulls Paul Smith. Des jeans DKNY ou Dolce & Gabbana.

Et tout ça pour des prix qui vont de 20 à 60 euros. Parfois, on peut monter jusqu'à 100 euros quand, vraiment, c'est une grosse prise.

Comment font-ils ? Qui sont-ils ? On se pose tous la question. Et on oublie la question, une fois engloutis dans la frénésie TK Maxx.

TK Maxx est la filiale de la maison-mère américaine TJ Maxx, fondée en 1976 par une famille de commerçants, établie aux Etats-Unis dès la fin du XIXe siècle. La famille est actuellement à la tête de 847 magasins sur le territoire américain et au Canada.

En 1994, les TJ Maxx lancent l'expérience en Grande-Bretagne puis en Irlande. Le succès est foudroyant.

Les TJ Maxx veulent aller plus avant en mettant un pied sur le continent européen : En 2007, leurs premiers magasins ont été ouverts en Allemagne.

Leur réseaux de private shoppers courent le monde à la recherche de contacts, de jeunes designers et de magasins à déstocker.

Grâce à leur pêche miraculeuse, les plus grands noms côtoient ceux de jeunes créateurs, pour la plupart américains. Des griffes italiennes ou anglaises partagent les mêmes présentoirs que les grands noms de Paris ou de New York.

Ils ramènent aussi dans leurs filets du linge de maison signé Jalla, Delorme ou Bedeck. Des draps et des nappes de chez Sanderson, des flots de serviettes en pur coton d'Egypte et des boutis aux couleurs fraîches.

TK Maxx, c'est tout ça.

Mais ça peut aussi devenir un cauchemar - le piège des cartes bancaires. L'enfer des comptes en banque.

mardi 4 mai 2010

Violence domestique et récession

La crise économique et financière que traverse actuellement l'Irlande a un impact certain sur la vie des femmes de ce pays. Selon deux études publiées en octobre 2009 par Safe Ireland, un organisme qui lutte contre la violence domestique à travers tout le pays, les violences domestiques faites aux femmes ont augmenté de 21 p.cent en 2008, comparé à 2007.

Malgré les coupes budgétaires drastiques imposées par le gouvernement irlandais pour contrer la récession dans le pays, 1.947 femmes et 3.269 enfants ont été accueillis dans les refuges des services d'aide contre la violence domestique, en 2008.

Chaque année, 5.000 femmes frappent aux portes des refuges de Safe Ireland - l'Irlande compte un peu plus de 4 millions d'habitants. Une responsable de Safe Ireland précise : "Cela représente 11 femmes et 9 enfants qui cherchent refuge chez nous, toutes les heures".

Pour Safe Ireland, ces chiffres ne représentent que la partie visible d'un iceberg qui ne peut que grossir dans les années qui viennent. La crise économique va accentuer la dépendance financière des Irlandaises - qui ont déjà eu beaucoup de mal à pouvoir investir le monde du travail durant les années glorieuses du Tigre celtique.

En 2008, en raison des restrictions budgétaires, 1.722 femmes n'ont pu trouver de places dans ces refuges et se sont retrouvées à la rue. Cette année, on parle de coupes allant jusqu'à 30 p.cent dans le budget de certains services de lutte contre la violence domestique.

Avec un taux de chômage qui risque bien d'atteindre les 14 p.cent en 2010, la crise bancaire et financière qui n'en finit pas, les coupes budgétaires tous azimuts et l'émigration qui repart comme par le passé, les Irlandaises se retrouvent en première ligne pour affronter les conséquences d'une gestion de crise sans précédent par un gouvernement dépassé.