jeudi 24 juin 2010

lundi 21 juin 2010

Deux Irlandaises en Languedoc : ou pourquoi les Françaises ne grossissent pas




Au début du mois d'octobre 2008, la Foire du vin français, organisée par le réseau Sopexa, spécialiste de l'agroalimentaire, a installé ses quartiers à Dublin. Les vins exposés provenaient en majorité de domaines cultivant le bio et l'agriculture "durable".

Au milieu des producteurs français, deux soeurs irlandaises ont fait sensation auprès du public dublinois. Installées en Languedoc depuis 2000, Suzanne et Karen O'Reilly ont su jouer la carte "tricolore" auprès de leurs compatriotes, toujours avides de connaître les secrets de la culture française.

On pouvait les entendre raconter à des Irlandais qui n'avait jamais vu la Méditeranée ni même de neige de leur vie, qu'elles "pouvaient aller nager dans la "Med" en 20 minutes ou aller skier dans les Pyrénées en 1 heure".

Après avoir commencé par vendre des maisons du Languedoc-Roussillon aux Irlandais via leur site Internet, elles ont décidé de se tourner vers le commerce du vin "par passion" et développer un réseau en Irlande.

Le nom d'O'Reilly a désormais rejoint la liste, déjà longue, d'Irlandais installés en France.

Mais les Hennessy, les Michel Lynch, les Thomas Barton et même les Mac-Mahon les reconnaîtront-ils, eux dont les ancêtres sont arrivés en France avec les Wild Geese ?

La défaite de 1691 contre Guillaume d'Orange doit sembler bien loin aux deux soeurs O'Reilly.

Plus prosaïquement, poursuivant leur trip français, Suzanne et Karen O'Reilly proposent aux fans de Peter Mayle (auteur britannique du best-seller mondial : Une Année en Provence) de découvrir la France et les Français - tâche ardue s'il en est.

Grâce à la French Tour Company des deux soeurs, l'Irlandais moyen pourra désormais s'offrir des visites de domaines et caves viticoles autour de Perpignan, dans le Languedoc et dans le Roussillon.

Il pourra même pousser jusqu'en Touraine où, pour 250 euros par personne, il découvrira le vignoble sur trois jours.


Mieux : avec et grâce aux deux soeurs, l'Irlandaise moyenne (elle aussi) pourra enfin comprendre pourquoi les "Françaises ne grossissent pas".




S'appuyant sur le succès du best-seller anglo-saxon de l'Américaine Mireille Guilliano paru en 2005, le Why Frenchwomen Don't Get Fat Tour propose des marches, des repas fins équilibrés et une journée Spa pour seulement 95 euros par personne.

Et pour 90 euros, l'Art Tour permettra à l'Irlandais et l'Irlandaise (moyens donc) d'accéder au sacro-saint de la culture française - vue par les Anglo-Saxons : visites de musées et "leçons d'art".

mercredi 16 juin 2010

Le pub irlandais pris en otage



C'est arrivé un jour de semaine, en 2009.

C'est arrivé en Irlande - dans une petite ville près de Dublin.

L'après-midi s'annonçait tranquille, le ciel était gris, le vent pas encore levé - pour une fois. Au pub du coin, deux ou trois piliers avec leur première (depuis midi) pinte de Guinness à la main.

Puis, vers 15-16 heures - on ne sait pas trop - une famille de Travellers (les gens du voyage irlandais) arrive. Ils ont quelque chose à arroser, c'est sûr, à voir l'alcool qu'ils descendent. Le patron pense alors à ralentir le flot. Et même à l'arrêter net.

C'est à ce moment-là que tout a basculé.

Et que l'on a alors assisté à la première prise en otage... d'un pub !

Le spectacle est grandiose : la foule accoure, hurle, prend partie, commente les mouvements de la police.

"Ils vont entrer par la porte de devant !" "Non, ils vont essayer par derrière !" Soudain, des jets de lances-incendie sortent du pub. Quelqu'un crie : "On n'est pas supposé jeter les bombes lacrymo dans le pub, les gars ?"

On en fait même un film-pastiche, inspiré des Benny Hill de la grande époque (voir vidéo). Dialogues écrits :

- "Eh les gars, comment ça va chez vous?"

- "Vous pouvez prendre tous les tapis qu'on vend mais pas notre liberté !"

- "Je te le dis, chef, si tu m'enlèves ces menottes, je ferais des petits boulots pour toi."

- "J'te donne même mon mini-van !"

- "Tu me redis ça encore une fois, je te balance la tête à travers le mur !"

Pour conclure sur une superbe envolée de "You f****** etc. etc". Le générique n'est pas mal non plus - dans le pur style humour irlandais.

Voilà : c'est aussi ça, l'Irlande - et les Irlandais, avec qui on ne s'ennuie jamais. Il faut bien le dire.


lundi 14 juin 2010

Bloody Sunday - 1972

Photo Reuters

30 janvier 1972 - Derry (Irlande du Nord) : la population catholique de la ville manifeste pour la pleine reconnaissance des droits civils aux citoyens catholiques d'Irlande du Nord. La grande marche débute dans le calme, avec femmes, enfants, personnes âgées.

L'armée britannique veille.

Soudain, tout s'emballe. Des coups de feu sont tirés - dans la foule. Des civils sont tués. Le cessez-le-feu tarde à être décidé du côté britannique.

Mardi 15 juin 2010 : un rapport de 5.000 pages va enfin être officiellement publié. Qui a ordonné le massacre de ces dizaines de civils ?

Réponse : 38 ans plus tard.


Petit rappel :

En 1998, Tony Blair demande l'ouverture d'une enquête concernant ces événements - en parallèle des négociations qui ont abouti aux accords de paix de 1998 (Good Friday Agreement).

L'enquête a produit un rapport de 5 000 pages - après une enquête qui aura duré 12 ans.


Un premier rapport officiel, publié juste après le Bloody Sunday, affirmait que les soldats n'avaient ouvert le feu que pour se défendre. Or les manifestants n'étaient pas armés. Cinq manifestants ont été tués d'une balle dans le dos - dont l'homme qui brandit un mouchoir blanc en portant secours à un blessé.

Le rapport de Lord Saville a été publié mardi 15 juin, à 15.30 h à Derry (Irlande du Nord).

Plus de 500 journalistes venus du monde entier ont été accrédités et étaient présents.

Les familles des victimes étaient dans la salle, recueillies, attentives à la lecture du rapport - qui n'a pas été censuré par les autorités britanniques.

Les conclusions du rapport sont simples : le massacre est "injustifiable".

Le rapport précise également nettement et clairement que les parachutistes britanniques ont tiré à balles réelles, sans sommation pour prévenir les civils présents - et que toutes les victimes de la marche pacifique étaient désarmées et innocentes.

Pour la première fois en 38 ans, le gouvernement britannique reconnait ses torts : Cameron s'est exprimé, hier après-midi, devant la House of Communs, après la lecture du rapport et a déclaré que la Grande-Bretagne avait eu tort :

'What happened on Bloody Sunday was both unjustified and unjustifiable. It was wrong.'

Il a présenté ses excuses au nom de son pays :

"On behalf of our country I am deeply sorry" – British prime minister David Cameron

Une première dans l'histoire de l'Irlande du Nord (et de l'Irlande en général).

Bloody Sunday - 1972 - 2010 : le rapport officiel



30 janvier 1972 - Derry (Irlande du Nord) : La population catholique de la ville organise une marche pacifique pour la pleine reconnaissance des droits civils des Catholiques d'Irlande du Nord.

Des femmes, des enfants et des personnes âgées participent à la manifestation. Tout est calme - malgré une tension dans les rangs.

L'armée britannique veille.

Soudain, tout s'emballe. Partis d'on ne sait où, des coups de feu éclatent. Des personnes s'écroulent.

Le cessez-le-feu tarde à être décrété. L'armée britannique continue à tirer.


Mardi 15 juin 2010 : le rapport officiel de 5.000 pages va enfin être publié. Qui a ordonné le massacre ?

Les familles attendent de connaître la vérité depuis 38 ans.photo Reuters

vendredi 11 juin 2010

L'Irlande des premiers chrétiens



En Irlande, au détour d'une petite route si étroite que deux voitures ne peuvent se croiser, des endroits magiques se cachent depuis plus d'un millénaire. Ils y sont encore nombreux, venus du fond des premiers temps du christianisme, intacts ou presque.

Quand, par hasard, votre chemin croise l'un de ces lieux hors d'âge, vous en revenez apaisé - transformé.




Monasterboice : l'un des premiers monastères fondés en Irlande - aux alentours de 520. Ses ruines sont là, presque intactes, au milieu d'un cimetière greffé autour d'elles, au fil des siècles. La ville de Drogheda n'est qu'à quelques kilomètres.


On dit que Monasterboice a été fondé par saint Buithe, disciple de saint Patrick. Les Vikings s'en emparent en 968 - avant que le grand roi celte de Tara ne le reprenne.

Le monastère fut un important centre spirituel - jusqu'à l'arrivée, en 1142, de moines cisterciens, venus de France pour fonder leur abbaye voisine : Mellifont.




Ce qui frappe en ce lieu - plus que la tour des moines pour échapper aux assauts des Vikings, plus que les deux petites églises si minuscules pour un lieu aussi grand - ce sont les quatre croix monumentales.

En granit, lavées par les vents et la pluie, elles racontent au peuple et aux moines l'histoire de la Bible. De simples images, des personnages de tous temps, avec leurs habits, leurs gestes et leur foi.

La lumière du ciel d'Irlande ajoute encore à la magie du lieu. Et soudain, on les voit ces premiers chrétiens, marchant en file pour venir se recueillir devant les croix qui s'élancent vers le ciel.

jeudi 10 juin 2010

Crise : un rapport indépendant met en cause le gouvernement

Hier soir, le gouverneur de la banque centrale irlandaise, Patrick Honohan, a dévoilé les conclusions d'une enquête internationale et indépendante sur les causes de la crise bancaire et financière en Irlande.

Les conclusions du rapport Honohan sont impitoyables pour le gouvernement actuel - qui menait déjà le pays pendant la période dorée du Tigre celtique.

Le rapport met en cause la politique du ministre des finances de l'époque - Brian Cowen, l'actuel Premier ministre. Les deux experts internationaux qui ont participé à l'enquête rejoignent le gouverneur Patrick Honohan dans ses conclusions : le gouvernement s'est rendu coupable de laxisme en matière de fiscalité et de régulation immobilière.

Attirer les investisseurs étrangers à coups de fiscalité avantageuse et favoriser le secteur du bâtiment en laissant toute liberté aux banques a conduit - selon le rapport Honohan - le pays au bord du gouffre. Un gouffre qui n'aurait rien à voir - toujours selon le rapport - avec la crise internationale actuelle.

Socialement, les effets de la crise irlandaise se font fortement sentir.

"J'ai eu trois suicides ces derniers mois à cause de la pression que connaissent actuellement les gens", déclare un responsable du Money Advice and Budgetering Service (Mabs) dans une ville moyenne du centre du pays.

Les bureaux d'aide sociale sont débordés depuis plusieurs semaines. On pense même au retour des années noires lorsque le taux de chômage atteignait 22 p.cent et que la seule façon de réduire les files d'attente au Dole (Assedic) était de mettre les gens deux par deux.

Selon le Mabs, le niveau moyen des dettes des ménages qui viennent leur demander de l'aide a doublé en un an et atteint maintenant 11.400 euros par client.

Les classes moyennes sont étranglées, piégées par un système qui leur a permis d'emprunter aux banques irlandaises l'argent pour acheter la grande maison de leurs rêves ou le grand 4x4 dernier cri. Tout paraissait facile.

A l'époque, les banques approuvaient tous les dossiers. Beaucoup de ménages à ressources modestes ont bénéficié de prêts à 100 p.cent. Sur 30 ou 40 ans.

Le Mabs voit défiler dans ses bureaux des hommes qui doivent à leur banque plus de 1.200 euros par mois pour leur maison et qui n'ont pour seuls revenus que l'allocation chômage allouée par l'Etat irlandais.

"Blood in the streets", c'est ce qu'on entend le plus ces jours-ci en Irlande.

Les banques se font pressantes et envoient des "contrôleurs" chez leurs clients. Ils débarquent chez eux tous les deux jours, exigent de voir les factures et le budget du ménage pour la semaine.

Tout le monde connaît quelqu'un en difficulté mais personne n'admettra qu'il est lui-même concerné par la crise.

"Voir des enfants pleurer leur père qui vient de se tuer à cause de ses difficultés financières est la pire des choses", raconte un responsable du Mabs.

La crise sera profonde. Car ce n'est pas seulement le secteur de l'immobilier et du bâtiment qui a été touché mais bien tout le réseau économique qui va avec : fournisseurs de matériaux, usines, restaurants, pubs, alimentation.

Les nouveaux migrants de la Nouvelle Irlande sont déjà repartis vers leurs pays de l'Est. Les Irlandais parlent de partir à leur tour. Et de renouer avec leur vieille tradition : l'émigration de masse.

mercredi 9 juin 2010

Féminisme : toujours une nécessité en Irlande

Le Feminist Open Forum a ouvert ses portes, en septembre 2008, pour la première fois en Irlande. Plus de 80 chercheurs, politiques ou responsables d'associations étaient présents. Ou plutôt "présentes" : la majorité des personnes réunies étaient des femmes.

"Le féminisme est toujours une nécessité en Irlande". La réunion inaugurale du Forum s'est terminée sur ce cri.

La première raison de ce combat en République d'Irlande est l'interdiction du droit à l'avortement inscrit dans la Constitution irlandaise. La loi de 1992, qui amende la Constitution en donnant le droit aux femmes de "voyager pour aller avorter à l'étranger", permet chaque année à 4. 686 femmes enceintes de se rendre au Royaume-Uni pour avorter. Les Pays-Bas attirent 485 Irlandaises enceintes par an, dans le même but.

On estime que de nombreuses autres femmes enceintes de la République d'Irlande voyagent à travers l'Europe pour se faire avorter. Elles profitent des voyages à bas coût qui se sont développés ces dernières années sur l'Europe entière. Leur nombre n'est pas connu. Soit elles ne donnent pas leur véritable adresse en Irlande. Soit les pays concernés ne demandent pas de détails aux femmes, profitant ainsi de qu'on appelle ici désormais le "tourisme de l'avortement".

"Les enfants sont la principale raison pour l'absence des femmes dans la société irlandaise". La femme qui prononce cette phrase, lors du Forum, est la sénatrice indépendante Ivana Bacik.

Selon elle, le manque de modes de garde et la quasi-inexistence dans la loi irlandaise des droits des pères enferment les femmes chez elles, loin du monde du travail. Ici, l'école est obligatoire à 5 ans. Avant cet âge, les parents n'ont d'autre choix que de payer quelque 1.000 euros par mois pour une crèche privée. Ou de décider que la mère restera à la maison.

En Irlande, les femmes ne sont toujours qu'à peine 60 p.cent à travailler. Jusqu'en 2005, elles n'étaient qu'à peine 40 p.cent. Avec la crise économique, ce taux va sans aucun doute reculer ramenant les Irlandaises au rôle qui leur a été réservé par la Constitution ultra-conservatrice de 1937, toujours en vigueur : Le rôle premier des femmes mariées est d'enfanter et de garder le foyer.

La Constitution irlandaise ne donne aux femmes sans enfant qu'un statut d'adolescentes. Il faut rappeler que jusqu'en 1972 - date de l'entrée de l'Irlande dans l'Union européenne - les femmes fonctionnaires de l'Etat avaient l'obligation de démissionner quand elles se mariaient.

Les femmes irlandaises ont toujours, en 2008 comme en 2010, un problème d'image et d'estime de soi. Elles connaissent l'un des taux les plus élevés d'Europe en matière d'auto-mutilation.